Par La Rédaction | Lementor.net
La campagne de consultations engagée par la plateforme de partis politiques favorable à la création d’un Haut Conseil électoral va prendre une dimension particulière. Une délégation conduite par Simone Ehivet Gbagbo est attendue au siège du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo. L’annonce a été faite par l’ancienne Première dame dans une publication diffusée le mercredi 1er juillet.
Sur le fond électoral, la démarche est claire. La plateforme à laquelle appartient le Mouvement des générations capables mène une série de consultations auprès des principaux acteurs politiques et institutionnels pour présenter son projet de création d’un Haut Conseil électoral en alternative à l’architecture tripartite proposée par le gouvernement. Outre le PPA-CI, les interlocuteurs identifiés comprennent le RHDP, le PDCI-RDA, la coalition CAP-Côte d’Ivoire, la Nonciature apostolique, la représentation des Nations Unies, le patronat ivoirien et l’ambassade de Russie. L’ambition est de bâtir un consensus oppositionnel autour d’une position commune face aux autorités sur les questions électorales.
Ce projet s’inscrit dans un contexte de rejet partagé de la réforme gouvernementale. Le MGC et le PDCI-RDA estiment que la nouvelle architecture tripartite ne garantit pas une indépendance suffisante de l’administration électorale et dénoncent le maintien d’une influence importante du ministère de l’Intérieur. Cette convergence critique des partis d’opposition sur la méthode gouvernementale est en elle-même un signal politique que le RHDP ne peut pas ignorer.
Mais ce qui fait de cette visite annoncée un événement qui dépasse la réforme électorale, c’est l’histoire que les deux protagonistes partagent. Depuis la Côte d’Ivoire des années 1980 jusqu’à la présidence de 2000-2011, Laurent Gbagbo et Simone Ehivet Gbagbo ont combattu côte à côte pendant trois décennies, fondé le FPI ensemble, gouverné le pays ensemble, subi la crise post-électorale ensemble, avant que la prison, la CPI et le retour au pays ne révèlent ou n’accélèrent une rupture qui a abouti à la création de deux partis distincts.
Cette séparation politique, officialisée lors du retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire en 2021, a été l’un des événements les plus commentés de la vie politique ivoirienne depuis les indépendances. Elle a divisé une base militante qui avait suivi les deux leaders pendant des décennies et qui ne sait toujours pas clairement de quel côté se ranger quand les deux anciens compagnons parlent de directions différentes.
La rencontre annoncée sera un test. Un test sur la capacité des deux formations à dialoguer sur les enjeux institutionnels en dépassant les blessures personnelles. Un test sur la capacité de l’opposition ivoirienne à construire une position commune cohérente face au RHDP sur la réforme électorale. Et un test, peut-être le plus important de tous, sur la nature réelle de la fracture entre deux des figures politiques les plus importantes de la Côte d’Ivoire contemporaine. Aucune date officielle n’a encore été arrêtée. Mais l’annonce seule suffit à relancer des spéculations que ni le PPA-CI ni le MGC n’ont intérêt à laisser sans réponse trop longtemps.
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