Par La Rédaction | Lementor.net
Ce vendredi 3 juillet 2026 au Palais de la République de Dakar, Bassirou Diomaye Faye a convoqué 306 maires venus des quatorze régions du Sénégal pour une audience de quatre heures. Ce qui devait être une réunion de mobilisation territoriale s’est transformé en annonce politique majeure. Le président de la République a déclaré sa volonté de créer son propre parti politique. En une phrase, il a mis fin à deux ans d’ambiguïté sur sa relation avec PASTEF et avec Ousmane Sonko.
La rupture était dans l’air depuis des mois. Elle est désormais institutionnalisée.
Diomaye Faye a chargé Aminata Touré, superviseure générale de la Coalition Diomaye Président, de constituer un comité de réflexion chargé d’élaborer dans les meilleurs délais les bases organisationnelles et statutaires du futur parti. La saisine d’Aminata Touré est elle-même un signal politique fort. Ancienne Première ministre sous Macky Sall, ancienne alliée de circonstance de la coalition Yewwi, figure politique respectée mais indépendante des structures de PASTEF, Aminata Touré incarne précisément le type de profil que Diomaye veut réunir autour de lui : des personnalités crédibles, expérimentées, non inféodées à Sonko. Lui confier cette mission, c’est dire clairement que le futur parti présidentiel ne sera pas une scission de PASTEF. Ce sera une formation nouvelle, construite sur d’autres bases.
Ce samedi 4 juillet, dès le lendemain de l’annonce, le Mouvement des Femmes d’Action a annoncé son adhésion au futur parti présidentiel, traduit sa décision à l’unanimité lors d’une réunion de son Bureau politique national. Ce premier ralliement organisé dit que la dynamique est déjà lancée et que des structures attendent cette annonce depuis longtemps pour se positionner.
Pour comprendre la portée de ce moment, il faut revenir à ce qu’était la situation de Diomaye Faye il y a encore six mois. Élu en mars 2024 sur la dynamique Diomaye mooy Sonko, il gouvernait avec un Premier ministre qui était son mentor, son créateur politique, le véritable architecte de sa victoire. Son identité politique était inséparable de celle de Sonko et de PASTEF dont il avait été secrétaire général. Il n’avait pas de parti propre. Il n’avait pas de réseau local indépendant. Il n’avait que la légitimité de l’élection et la coalition hétérogène qui l’avait portée.
En quatorze mois, il a tout changé. Il a limogé Sonko le 22 mai 2026. Il a formé un gouvernement sans PASTEF. Il a réuni 306 maires derrière lui. Et maintenant il annonce son propre parti. Ce n’est pas la trajectoire d’un homme politique qui subit les événements. C’est la trajectoire d’un homme qui a décidé de s’affranchir méthodiquement de la tutelle sous laquelle il était né politiquement.
Mais cette émancipation se heurte à un paradoxe constitutionnel d’une ironie remarquable. La révision constitutionnelle adoptée le 29 juin 2026 par l’Assemblée nationale, sous la présidence de Sonko, prévoit notamment l’interdiction pour le président de la République de diriger simultanément un parti politique. Diomaye Faye annonce la création de son parti au moment précis où la révision constitutionnelle initiée par son adversaire lui interdirait de le diriger. Les deux hommes s’affrontent également sur la procédure d’adoption définitive de cette réforme. Sonko estime qu’elle peut être promulguée directement par le chef de l’État en s’appuyant sur la jurisprudence existante. Diomaye veut un référendum, estimant qu’une réforme d’une telle portée institutionnelle doit être soumise à l’arbitrage populaire direct.
Ce bras de fer sur la procédure dit tout de la guerre de positionnement entre les deux hommes. Sonko veut une promulgation rapide qui interdirait à Diomaye de diriger son parti avant même qu’il soit créé. Diomaye veut un référendum qui retarderait l’entrée en vigueur de cette disposition et lui laisserait le temps d’installer sa formation. Derrière le débat juridique sur la procédure, il y a une bataille politique sur le calendrier.
Les 306 maires représentent un atout territorial considérable. Contrairement aux structures nationales des grands partis, souvent éloignées des réalités locales, les maires sont des élus de proximité qui gèrent des budgets, distribuent des ressources et entretiennent des relations directes avec les populations. Diomaye Faye l’a dit sans détour lors de cette audience : son objectif est de sanctuariser cet ancrage local et de garantir la réélection de tous les maires ayant choisi de le rejoindre. Ce n’est pas une déclaration idéologique. C’est une promesse d’alliance fondée sur l’intérêt mutuel, ce qui est la base de toute organisation politique durable.
Ce que dit cette journée du 3 juillet 2026 au Sénégal, c’est que la recomposition politique que beaucoup observaient depuis des mois entre dans sa phase ouverte et irréversible. Il n’y a plus d’ambiguïté. Diomaye et Sonko ont choisi des chemins distincts. Le premier construit son propre appareil politique avec les maires, Aminata Touré et les forces qui se reconnaissent dans son projet de gouvernance. Le second contrôle l’Assemblée nationale, PASTEF et sa majorité parlementaire. Les deux pôles coexistent dans la même République, se disputent la même légitimité et se préparent aux mêmes échéances de 2029.
La création du parti présidentiel est la réponse de Diomaye à la question que tout le monde se posait depuis mai : comment un président sans parti propre peut-il gouverner durablement face à un Parlement contrôlé par son adversaire ? La réponse est maintenant donnée. Il se construit un parti. Le chantier commence. Et le Sénégal politique entre dans une nouvelle séquence dont l’issue ne sera connue qu’en 2029.
Leave a comment