Par AN | La Rédaction
Ce lundi 17 août 2026, la Fédération des organisations de producteurs de la filière hévéa de Côte d’Ivoire a lancé officiellement la campagne de commercialisation des graines d’hévéa 2026 à l’hôtel Onomo Airport d’Abidjan en partenariat avec ENI Côte d’Ivoire. Objectif : 64 500 tonnes. Un chiffre qui dit à lui seul le chemin parcouru depuis 2023, année de la première expérimentation d’une collecte organisée de ce produit longtemps ignoré des circuits formels de commercialisation.
La graine d’hévéa est ce que l’on appelle dans les filières agricoles un coproduit. L’hévéa produit du latex. C’est le latex qui fait vivre les planteurs, les usiniers et les exportateurs. La graine, elle, tombe, sèche, et disparaît dans le sol sans que personne ne la ramasse vraiment. Des décennies durant, la Côte d’Ivoire est devenue le deuxième producteur mondial de caoutchouc naturel avec un verger de plusieurs millions d’hectares sans jamais s’interroger sérieusement sur ce que ses plantations produisaient au-delà du latex. La graine d’hévéa contient de l’huile. Elle a des usages industriels documentés. Elle peut générer des revenus additionnels pour des planteurs dont l’essentiel du calendrier de trésorerie dépend déjà des saignées mensuelles. Ce potentiel dormait. La FPH-CI l’a réveillé.
La campagne 2026 s’appuie sur une architecture opérationnelle qui dit la maturité progressive de cette filière naissante. Cinq centres de transit ont été installés pour rapprocher les points de collecte des zones de production et réduire les coûts de transport qui grevaient les marges des campagnes précédentes. Korhogo, ville du nord où la filière hévéa est particulièrement dense, voit ses équipements de décorticage et de stockage mis à contribution avec des capacités supérieures à celles d’Abidjan pour absorber les volumes attendus. Cette décentralisation opérationnelle dit que la FPH-CI a tiré les leçons des campagnes 2024 et 2025 : centraliser le traitement à Abidjan créait des goulots d’étranglement que le maillage territorial résout.
La nouveauté technologique de cette édition est l’application numérique déployée auprès des coopératives. Elle leur permettra de suivre leurs livraisons, d’accéder à leurs bulletins et de recevoir des informations relatives aux paiements. Elle servira également à regrouper les données nécessaires à la traçabilité des opérations. Cette traçabilité n’est pas un détail administratif. Dans un contexte où le Règlement européen sur la déforestation impose une certification des filières agricoles ivoiriennes exportant vers l’Europe, disposer d’une traçabilité numérique sur l’ensemble des flux d’une filière agricole est un avantage compétitif réel. La FPH-CI construit avec cette application une infrastructure de données qui dépasse le seul usage de la campagne 2026.
Les 50 responsables de coopératives présents au lancement représentaient 75 % des volumes commercialisés lors de la campagne précédente sur un total de 200 bénéficiaires. Ce chiffre dit deux choses simultanément. Il dit la concentration de la performance sur un noyau dur de coopératives bien organisées. Et il dit le potentiel de croissance que représentent les 125 autres bénéficiaires dont la montée en puissance dans les campagnes futures pourrait faire passer les volumes bien au-delà de l’objectif actuel de 64 500 tonnes.
ENI Côte d’Ivoire est le partenaire industriel qui donne à cette filière sa dimension commerciale. Son représentant Iovane Massimo a réaffirmé la volonté de l’entreprise de poursuivre sa collaboration avec la FPH-CI. Ce partenariat dit quelque chose d’important sur la nature de la relation entre le secteur privé international et les filières agricoles ivoiriennes : ENI ne vient pas seulement acheter une matière première. Elle s’engage dans la structuration d’une chaîne de valeur qui n’existait pas encore, contribuant ainsi à créer les conditions de sa propre approvisionnement futur tout en générant des revenus pour des producteurs qui n’en bénéficiaient pas auparavant.
Ce que la campagne 2026 de la FPH-CI dit sur l’économie agricole ivoirienne mérite d’être retenu au-delà des 64 500 tonnes annoncées. La Côte d’Ivoire a la réputation de produire des matières premières sans les transformer. La graine d’hévéa dit que cette logique peut être inversée progressivement, filière par filière, coproduit par coproduit, lorsqu’une organisation professionnelle décide de structurer ce que le marché laissait jusque-là à l’abandon. C’est un modèle qui mérite d’être observé et répliqué dans d’autres filières agricoles dont les coproduits attendent encore leur FPH-CI.
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