Par La Rédaction | Lementor.net
Alassane Ouattara, président du RHDP, a discrètement mis en place un nouveau comité de direction chargé de renforcer le pilotage du parti au pouvoir selon des informations concordantes. Cette instance, qui fonctionne parallèlement au présidium, au directoire et aux autres structures existantes du RHDP, constitue un nouveau centre de gravité dans l’architecture décisionnelle du parti dominant.
Gilbert Kafana Koné préside ce comité. Le vice-premier ministre Téné Birahima Ouattara en assure le deuxième rang. Kandia Camara, présidente du Sénat, et Patrick Achi, président de l’Assemblée nationale, en sont les vice-présidents. Plusieurs membres du gouvernement figurent dans ce dispositif : Anne-Désirée Ouloto, Mamadou Touré, Adama Kamara, Yacouba Hien Sié et Amadou Koné. Les anciens cadres du PDCI Siandou Fofana et Amédé Kouakou en font partie, ainsi que le député-maire de Yopougon Adama Bictogo. Le comité s’est déjà réuni à plusieurs reprises en août. Son objectif est de devenir un important centre de coordination et de décision du parti, afin notamment de délester Alassane Ouattara d’une partie des arbitrages.
Deux absences sont aussi significatives que les présences. Le vice-président Tiémoko Meyliet Koné et le Premier ministre Robert Beugré Mambé n’en font pas partie. Ces deux absences disent quelque chose sur la nature de ce comité : ce n’est pas un organe gouvernemental. C’est un organe partisan dont la vocation est de piloter le RHDP en tant que machine politique plutôt que de gérer les affaires de l’État. Tiémoko Meyliet Koné et Beugré Mambé exercent des responsabilités institutionnelles qui les positionnent au-dessus des structures partisanes. Leur absence préserve la distinction entre la fonction d’État et la fonction partisane. Kobenan Kouassi Adjoumani devrait pour sa part rejoindre un futur comité de médiation et des sages, ce qui dit que l’architecture de réorganisation du RHDP est encore en construction et que d’autres organes s’y ajouteront.
Cette réorganisation n’est pas sans précédent dans l’histoire récente du RHDP. En 2021 après la réélection d’Alassane Ouattara, un comité de restructuration composé de Gilbert Kafana Koné, Ally Coulibaly et Ibrahim Cissé Bacongo avait conduit à la refonte des principaux organes du parti et à la création de l’architecture actuelle. Le fait que Kafana Koné soit à nouveau au centre du dispositif dit sa place particulière dans la confiance du président : c’est l’homme des réorganisations, celui à qui Ouattara confie les chantiers institutionnels sensibles quand il veut que les choses soient faites avec méthode et discrétion.
En parallèle, la secrétaire générale de la présidence Masséré Touré, nièce du chef de l’État, voit son rôle progressivement renforcé au sein du dispositif présidentiel. Cette évolution dit que la réorganisation ne se limite pas au parti. Elle touche aussi l’environnement immédiat du chef de l’État dont l’appareil de décision se restructure à l’approche de ce quatrième mandat. Installé à Mougins dans le sud-est de la France en ce mois d’août, Ouattara conduit donc simultanément la réorganisation de son parti, le renforcement de son dispositif présidentiel et la préparation des échéances électorales de 2027.
Ce que cette réorganisation dit sur la stratégie d’Ouattara pour la suite de son mandat est précis. Un chef d’État qui crée un comité partisan chargé de le délester des arbitrages quotidiens du parti dit qu’il veut concentrer son énergie sur la gouvernance de l’État plutôt que sur la gestion des équilibres internes du RHDP. C’est une forme de rationalisation du pouvoir qui dit aussi que les prochaines échéances, les municipales de 2027 en particulier, nécessitent une machine partisane rodée et autonome, capable d’opérer sans que chaque décision ne remonte au sommet. Kafana Koné et Téné Birahima Ouattara reçoivent ainsi une délégation de fait sur le pilotage quotidien du RHDP. C’est la marque de confiance la plus forte que le président puisse accorder en période de préparation électorale.
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