Par AN | La Rédaction
Ce lundi 17 août 2026, la chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako a condamné Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, à dix ans de réclusion criminelle dont trois ans avec sursis, soit sept années de prison ferme. Sa coaccusée Rokia Doumbia, connue sous les noms de Rose la vie chère ou Rose Poivron, a écopé de la même peine et pour les mêmes chefs d’accusation. Les deux prévenus ont été reconnus coupables d’atteinte à la sûreté de l’État, d’association de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’État et de ses institutions.
Les faits qui ont conduit à cette condamnation remontent à 2023. Ras Bath avait consacré une émission de radio à la hausse des prix et aux difficultés économiques des Maliens. Il y avait invité Rokia Doumbia à deux reprises. Le tribunal a considéré que les deux prévenus étaient en association pour atteindre leurs objectifs. Les avocats de Ras Bath ont contesté cette qualification tout au long du procès ouvert le 10 août devant la Cour d’appel. Le procureur avait requis dix ans de prison ferme contre Ras Bath et dix ans dont cinq avec sursis contre Rokia Doumbia. La Cour a suivi en grande partie les réquisitions du parquet en accordant seulement trois ans de sursis aux deux condamnés. Lors des audiences, le procureur avait déclaré selon des avocats présents que Ras Bath était un danger pour la transition et qu’il fallait le tenir loin des réseaux sociaux et de la radio.
Ras Bath était déjà en détention depuis mars 2023, d’abord pour avoir affirmé que l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, mort en détention, avait été assassiné. Son apparition au procès du 10 août avait choqué de nombreux Maliens par sa maigreur et ses traits tirés après plus de trois ans de détention. Animateur de radio et de télévision, porte-parole du Collectif pour la défense de la République, fils de l’ancien ministre Mohamed Aly Bathily, Ras Bath était l’une des voix civiles les plus suivies par la jeunesse malienne. Son parcours judiciaire est un récit de l’étranglement progressif de l’espace civil au Mali depuis les coups d’État de 2020 et 2021. En juillet 2017, il avait été condamné à douze mois de prison ferme sans avoir purgé sa peine. En décembre 2020, interpellé dans le cadre d’un prétendu complot contre la junte, il avait recouvré la liberté en avril 2021 faute de preuves. En mars 2023, il est à nouveau arrêté. Et ce lundi 17 août 2026, la justice du Mali confirme sept années de prison ferme pour un homme dont le seul crime documenté est d’avoir parlé à la radio de la cherté de la vie et de la mort suspecte d’un ancien Premier ministre.
Le Mali occupe la 121ème place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF établi en 2026. Cette condamnation de Ras Bath et Rokia Doumbia ne fera pas remonter ce classement. Elle dit ce que le Mali est devenu pour ceux qui osent encore parler : un pays où une émission de radio sur la cherté de la vie peut valoir sept ans de prison.
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