Par La Rédaction | Lementor.net
Une élimination en Coupe du monde est toujours un choc. Pour une nation de football comme la Côte d’Ivoire, elle nourrit inévitablement la déception, la colère et les remises en question. Mais une fédération se gouverne-t-elle à l’émotion ou à l’aune de son bilan ?
Depuis la sortie des Éléphants, des appels à la démission du président de la Fédération ivoirienne de football, se font entendre dans certains milieux hostiles. Le procès est expéditif : une élimination, un responsable, une sanction. Cette lecture, séduisante par sa simplicité, résiste pourtant mal à l’examen des faits.
Gouverner une fédération ne consiste pas uniquement à gagner un tournoi. C’est aussi bâtir des institutions solides, structurer les compétitions, professionnaliser les acteurs, former les jeunes et préparer les succès de demain. C’est précisément sur ce terrain que le mandat de Yacine Idriss Diallo mérite d’être évalué.
Lorsqu’il prend les commandes de la FIF en 2022, l’institution sort de près de deux années de normalisation. Les compétitions nationales sont fragilisées, certaines catégories de jeunes n’existent pas, le football féminin peine à se développer, les joueurs locaux ne bénéficient d’aucune protection salariale et le Centre technique national de Bingerville nécessite une profonde réhabilitation.
Quatre ans plus tard, le paysage est méconnaissable
Le nombre de clubs engagés dans les compétitions fédérales a progressé de manière spectaculaire, le volume annuel des rencontres a plus que doublé, un championnat national U17 a vu le jour, une deuxième division féminine a été créée et, fait inédit dans l’histoire du football ivoirien, un salaire minimum garanti protège désormais les joueurs des championnats nationaux.
À ces réformes s’ajoutent la rénovation du Centre technique national, le lancement du futur siège de la Fédération, la modernisation de l’arbitrage avec l’introduction de la VAR, la digitalisation des licences ainsi qu’une augmentation significative des investissements destinés aux clubs, à la formation des arbitres, des entraîneurs et au développement du football féminin.
Ces réalisations ne relèvent pas de la conjoncture. Elles constituent un héritage durable.
Sur le plan sportif, le bilan est tout aussi éloquent.
Sous cette gouvernance, la Côte d’Ivoire a reconquis son prestige continental en remportant sa troisième Coupe d’Afrique des nations, au terme d’un parcours qui restera parmi les plus marquants de l’histoire du football africain. Les sélections de jeunes se sont invitées sur la scène mondiale grâce à leurs qualifications historiques, tandis que les Éléphants ont retrouvé la Coupe du monde après une longue absence avant d’y atteindre, pour la première fois, le deuxième tour.
Peut-on sérieusement effacer ces avancées au lendemain d’une élimination ?
Les plus grandes nations du football ont connu des sorties prématurées lors des grandes compétitions mais n’ont pas, pour autant, systématiquement remis en cause l’ensemble de leur gouvernance. Les grandes fédérations savent distinguer l’accident sportif du travail structurel.
Cela ne signifie pas que tout soit parfait. Les choix tactiques, la préparation, les performances du staff ou de certains joueurs peuvent naturellement être discutés. Le débat est sain. Mais confondre une contre-performance sportive avec un échec de gouvernance reviendrait à ignorer les transformations profondes opérées depuis 2022.
À l’approche du renouvellement des instances de la FIF, la tentation est grande pour certains de transformer une défaite en argument électoral. Pourtant, les électeurs comme les observateurs gagneraient à s’interroger sur une question simple : une fédération doit-elle être jugée sur un match perdu ou sur quatre années de réformes, d’investissements et de résultats ?
Le football ivoirien traverse sans doute un moment difficile. Mais les grandes institutions ne se construisent pas dans les emballements de l’instant. Elles se consolident par la continuité, la stabilité et une vision de long terme.
Une Coupe du monde peut s’achever en quatre-vingt-dix minutes. En revanche, rebâtir durablement un football national exige des années de travail. C’est à cette échelle que le mandat de Yacine Idriss Diallo mérite d’être apprécié.
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