Par La Rédaction | Lementor.net
Personne n’avait osé le faire avant lui. Ce mardi 28 juillet 2026, Bassirou Diomaye Faye a posé le pied à Bamako. Président en exercice de la CEDEAO depuis le 19 juillet, il effectue la première visite d’un chef d’État de l’organisation dans un pays membre de l’AES depuis la rupture consommée entre les deux blocs. C’est un geste politique d’une portée considérable dans une Afrique de l’Ouest fracturée.
La visite est préparée depuis plusieurs semaines dans le cadre de la médiation pilotée par l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté, mandaté par la CEDEAO pour maintenir un canal de dialogue avec les juntes sahéliennes. Elle s’inscrit dans une logique précise : tester si le profil de Diomaye, souverainiste assumé, ancien détenu politique, élu sans l’appui de Paris, peut ouvrir des portes que ni Tinubu ni Ouattara ne pourraient franchir. Les premières heures à Bamako diront si ce pari est fondé.
Les discussions portent sur trois axes documentés. La libre circulation des personnes et des biens, suspendue de facto depuis les sanctions de la CEDEAO contre le Mali en 2022. La gestion des infrastructures communes, corridors routiers, interconnexions électriques et réseaux hydrauliques dont les populations des deux côtés de la frontière dépendent indépendamment des querelles politiques de leurs gouvernements. Et la lutte antiterroriste, dossier sur lequel Téné Birahima Ouattara avait déjà tendu la main depuis Paris en juin en déclarant qu’Abidjan était prête à reprendre la coopération sécuritaire avec Bamako et Ouagadougou.
Ce que cette visite dit de Diomaye est important. Il n’a pas attendu. Neuf jours après sa désignation à la tête de la CEDEAO à Freetown, il est déjà à Bamako. Ce rythme dit qu’il a une vision, pas seulement un titre. Il avait dit à Freetown que l’heure n’est plus aux constats mais à l’action. Ce mardi, il met ses mots en actes.
Ce que cette visite dit d’Assimi Goïta est tout aussi révélateur. Recevoir le président en exercice de la CEDEAO, cette organisation que le Mali a quittée en dénonçant ses ordres et ses sanctions, c’est admettre implicitement que la rupture totale avec la communauté régionale n’est pas tenable indéfiniment. La situation militaire catastrophique au nord du pays, les offensives du JNIM et du FLA, l’Africa Corps qui recule, la route entre Gao et Kidal coupée : tout cela dit à Goïta que le Mali seul avec ses alliés russes ne peut pas gagner cette guerre. Ouvrir la porte à Diomaye, c’est peut-être commencer à chercher une sortie.
Le résultat de cette journée à Bamako ne sera pas visible immédiatement. Les réconciliations régionales ne se font pas en un vol aller-retour. Mais si Diomaye repart avec un accord de principe sur la libre circulation, un mécanisme de coordination antiterroriste et une date pour une prochaine réunion, ce 28 juillet 2026 entrera dans l’histoire comme le jour où la fracture sahélienne a commencé à se refermer.
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