Par La Rédaction | Lementor.net
La phrase est tombée ce mardi 28 juillet 2026 sur le plateau de Seneweb TV. Yankhoba Diémé, ministre des Forces armées et membre fondateur de Kiiraay, les Patriotes républicains : le président découvrait même certaines décisions ministérielles sur les réseaux sociaux, au même titre que tous les Sénégalais. En une phrase, le ministre vient de dire ce que des mois de tensions institutionnelles avaient laissé deviner sans jamais le formuler aussi crûment : le président de la République du Sénégal était le dernier informé des décisions de son propre gouvernement.
Yankhoba Diémé n’est pas un opposant qui cherche à nuire. C’est le ministre des Forces armées nommé le 25 mai 2026 après le limogeage de Sonko. Membre fondateur de Kiiraay. Acteur de l’intérieur du camp présidentiel avec la légitimité de celui qui a vu les choses de près. Son témoignage pèse lourd précisément parce qu’il vient de là. Ce que Diémé décrit dans cet entretien est un système de gouvernance inversée. Sonko concentrait la communication gouvernementale. Les réalisations de l’État étaient davantage attribuées au Premier ministre qu’au président. Diomaye était relégué au second plan dans sa propre communication institutionnelle. Et dans ce système, le chef de l’État apprenait les décisions de ses propres ministres sur Facebook ou Twitter avant qu’on ne juge utile de l’en informer directement. Diémé appelle cela un cafouillage. C’est un mot doux pour désigner une captation systématique de l’autorité présidentielle.
Cette révélation arrive le même jour que deux autres informations qui s’ajoutent à un tableau déjà accablant. Guy Marius Sagna, député PASTEF, dévoile les montants des fonds politiques : Diomaye Faye dispose de plus de 8 milliards de FCFA, Sonko disposait de 1,770 milliard de FCFA à la Primature sans contrôle institutionnel. Aldiouma Sow, cadre de Kiiraay, accuse Sonko d’avoir personnellement bloqué une proposition de loi d’encadrement des crédits spéciaux quand il était Premier ministre parce qu’il en bénéficiait. Ces trois informations combinées dessinent le portrait d’un homme qui a utilisé les ressources de l’État pour construire une puissance personnelle parallèle à l’autorité présidentielle, tout en s’attribuant les succès de la gouvernance et en rejetant les échecs sur Diomaye.
Diémé ajoute un angle supplémentaire. Sonko pratique selon lui une victimisation manifeste visant à retourner l’opinion publique contre le chef de l’État. Cet esprit de narcissisme et cet ensemble de turpitudes cumulés par une personne finissent par faire passer la victime pour le bourreau. La victime désignée est Sonko qui se présente depuis son limogeage comme l’homme trahi par Diomaye. Diémé retourne cette narrative frontalement : c’est Sonko qui a trahi, c’est Sonko qui a confisqué, c’est Sonko qui a gouverné à la place du président. Sur la question des indemnisations des anciens détenus politiques dont PASTEF accuse Diomaye de retarder le versement, Diémé est tout aussi direct : le président a donné des instructions claires en Conseil des ministres. Si les fonds de la Primature de Sonko, 1,770 milliard de FCFA, avaient été utilisés à cet effet, de nombreuses victimes auraient déjà été indemnisées.
Ce témoignage d’un ministre en exercice, confirmé par plusieurs sources indépendantes, change la nature du débat politique sénégalais. Jusqu’ici, la rupture Diomaye-Sonko était présentée comme un désaccord de vision ou de méthode entre deux hommes qui avaient partagé le même projet. Ce que Diémé dit ce matin du 29 juillet est autre chose : c’était une relation de domination dans laquelle le Premier ministre avait méthodiquement court-circuité l’autorité du président. Le vote de confiance au gouvernement Al Aminou Lo dans vingt-sept jours, le 25 août, arrive dans ce contexte alourdi par des révélations que Sonko ne peut pas démentir sans s’exposer à d’autres témoignages de la même veine.
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