Par La Rédaction | Lementor.net
Posez la question autrement. Pas qui veut entraîner la Côte d’Ivoire. Pas qui est disponible. Pas qui impressionne en conférence de presse. Posez la vraie question : qui dans le monde du football a déjà gagné une Coupe d’Afrique des Nations et qualifié une équipe pour une Coupe du monde ? La réponse est courte. Très courte. Et Hervé Renard en fait partie d’une manière que nul autre profil disponible ne peut revendiquer avec la même densité.
Ce n’est pas un critère inventé pour légitimer un choix déjà fait. C’est la traduction rationnelle de ce que les Éléphants sont devenus. Trois étoiles. Huitièmes de finale d’un Mondial pour la première fois de leur histoire. Champions d’Afrique 2024. Cette équipe n’a plus besoin d’un entraîneur qui apprend à gérer la pression des grands rendez-vous. Elle a besoin d’un homme qui l’a déjà vécu. Qui sait ce que c’est de tenir un vestiaire la veille d’une finale continentale. Qui connaît le poids d’un huitième de finale de Coupe du monde dans les jambes et dans la tête. Ces compétences ne s’enseignent pas. Elles se construisent dans des moments précis que le palmarès de Renard documente avec une précision que ses détracteurs ne peuvent effacer d’un revers de main.
Son dossier commence en 2012 avec l’un des exploits les plus chargés d’émotion de l’histoire du football africain. Une Zambie que personne ne donnait favorite. La CAN organisée en Guinée Équatoriale et au Gabon. La finale face à la Côte d’Ivoire aux tirs au but 8-7, jouée à Libreville, symboliquement à quelques kilomètres du lieu où l’avion transportant toute l’équipe nationale zambienne s’était écrasé en 1993 en tuant trente joueurs et membres du staff. Ce titre n’était pas seulement un résultat sportif. C’était une résurrection collective orchestrée par un homme qui n’avait pas de stars mais qui avait une méthode, une conviction et une capacité documentée à produire des champions avec les moyens dont il dispose.
Trois ans plus tard, il bisse avec la Côte d’Ivoire. La CAN 2015 en Guinée Équatoriale met fin à une attente de deux décennies pour les Éléphants. Il devient le premier entraîneur de l’histoire à remporter la Coupe d’Afrique des Nations avec deux sélections différentes. Un record qui demeure unique à ce jour. Pas deux fois avec la même équipe dans la continuité d’un projet. Deux fois avec deux équipes différentes, dans deux contextes radicalement distincts, avec deux groupes de joueurs qui n’avaient rien en commun sauf un entraîneur.
Sur la deuxième exigence, les Coupes du monde, son dossier est encore plus éloquent. En 2018, il qualifie le Maroc pour le Mondial en Russie, première qualification marocaine depuis 1998. Puis vient l’Arabie Saoudite. Et là, le chapitre prend une dimension supérieure. Renard qualifie les Faucons verts pour le Mondial 2022 au Qatar dans son premier mandat. Il dirige les qualifications et la phase finale, restant à ce jour le seul entraîneur à avoir accompli ce double dans l’histoire saoudienne. Et lors de cette Coupe du monde, il produit le résultat le plus retentissant de la phase de groupes : Arabie Saoudite 2-1 contre l’Argentine qui restait sur trente-six matchs sans défaite et qui allait devenir championne du monde. Ce choc résonne encore dans les mémoires du football mondial.
Licencié après ce premier mandat, il revient en octobre 2024 pour un second passage saoudien dans un contexte difficile, après l’échec de Roberto Mancini. Il réussit à nouveau l’essentiel : qualifier l’Arabie Saoudite pour le Mondial 2026, troisième qualification consécutive pour les Faucons verts. Deux qualifications en Coupe du monde avec la même sélection, dans deux mandats distincts, séparés par une expérience avec l’équipe de France féminine qu’il a menée en finale de la première Ligue des nations féminine de l’UEFA en février 2024. Le 17 avril 2026, deux mois avant le coup d’envoi du Mondial 2026, la Fédération saoudienne le licencie malgré l’objectif atteint. Il se retrouve libre. La FIF cherche son sélectionneur. La coïncidence a ses logiques propres.
Maintenant regardons devant. C’est là que la profondeur de ce choix se révèle dans toute sa dimension. Les Éliminatoires de la CAN 2027 débutent en septembre 2026. La CAN 2027 se tiendra au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda avec une formule élargie à 24 équipes. Les Éléphants y arrivent comme champions d’Afrique 2024 avec le statut de candidats sérieux à un quatrième titre continental, ce qu’aucune équipe africaine n’a réalisé depuis l’Égypte entre 2006 et 2010. Puis viendra la Coupe du monde 2030, coorganisée par six pays sur trois continents. Et potentiellement la Coupe du monde 2034 en Arabie Saoudite, pays que Renard connaît mieux que quiconque dans le football africain.
Seul un entraîneur qui a vécu les Éliminatoires et la phase finale d’une Coupe du monde peut préparer les Éléphants à ce niveau de compétition avec la sérénité que l’enjeu exige. Les erreurs de préparation, les pièges des Éliminatoires africaines que personne n’anticipe vraiment de l’extérieur, la gestion mentale d’un groupe qui jouera sous la pression d’être champions d’Afrique en titre et favorites dans chaque match : tout cela demande une expérience accumulée que Renard possède mieux que n’importe quel autre profil disponible sur le marché en août 2026.
Son retour a enfin une dimension que les statistiques seules ne mesurent pas. Il connaît le vestiaire ivoirien, ses codes et ses tensions. Il connaît la pression médiatique abidjanaise dans ce qu’elle a de plus particulier, cette passion qui ne distingue pas toujours l’amour de l’exigence. Dans un calendrier où la première échéance arrive en septembre, cette connaissance intime raccourcit le temps d’adaptation de manière décisive. Les détracteurs peuvent poser leurs arguments. Mais qu’ils donnent des noms. Des noms qui ont gagné une CAN. Des noms qui ont qualifié une équipe pour une Coupe du monde. Deux fois plutôt qu’une. Le silence qui suit cette demande est la réponse la plus rigoureuse à toutes les objections. Renard n’est pas un choix par défaut. C’est un choix par excellence. Et dans le football comme ailleurs, la différence entre les deux dit tout sur la qualité d’un recrutement.
Leave a comment