Par La Rédaction | Lementor.net
Le mercredi 5 août 2026, le tribunal des flagrants délits de Dakar a rendu un verdict qui dit l’état exact du Sénégal politique en ce début août. Mandoumbé Diop, alias Lamignou Darou, chroniqueur du média en ligne Feeñal Digital, a été condamné à trois mois de prison ferme. Ses deux coprévenus, Maguèye Diaw dit Oustaz Thiep et Moustapha Ndiaye dit Ndiaye Touba, ont chacun écopé de deux mois de prison ferme. Les trois hommes doivent également verser une amende de 500 000 FCFA. Leurs avocats ont annoncé leur intention de faire appel.
Les faits remontent au 27 juillet 2026. Les trois chroniqueurs avaient diffusé sur TikTok une vidéo tournée lors du Magal de Mbacké Baari dans laquelle ils formulaient des prières appelant au malheur et à la mort de celui qui a trahi le projet du Pastef. Aucun nom n’est prononcé. La Division spéciale de cybersécurité les interpelle dans les locaux de Feeñal Digital le même jour. Placés sous mandat de dépôt le 30 juillet, ils comparaissent le 5 août. Le tribunal retient que les propos visaient directement le président Bassirou Diomaye Faye, lui-même porté au pouvoir par PASTEF avec 54,28 % des voix en mars 2024. La défense conteste cette interprétation. Le tribunal ne la suit pas.
Lamignou Darou n’est pas un inconnu. Plus de 500 000 abonnés sur TikTok. Des dizaines de milliers de vues sur ses publications. C’est une figure de la base militante numérique que PASTEF avait cultivée pendant des années d’opposition pour contourner les médias traditionnels et toucher directement la jeunesse dakaroise. Le voir condamné par un gouvernement issu de ce même PASTEF dit le chemin parcouru en deux ans et la brutalité de la rupture entre Diomaye et Sonko.
Ce verdict soulève une question que les organisations de défense des droits humains posent depuis longtemps. L’article 254 du Code pénal sénégalais fait de l’offense au président de la République un délit punissable de deux ans de prison. C’est un héritage juridique que PASTEF avait lui-même dénoncé pendant ses années d’opposition, lorsque des proches de Sonko en avaient fait les frais sous Macky Sall. Le voir appliqué aujourd’hui par un gouvernement issu de PASTEF contre des partisans de Sonko dit l’ironie la plus amère de l’alternance sénégalaise. L’avocat de la défense Abdy Nar Ndiaye a fustigé un précédent dangereux. Le mot est juste.
Cette affaire se lit moins comme une défense de l’ordre public que comme un épisode de la guerre qui oppose Diomaye à Sonko depuis le limogeage de ce dernier en mai 2026. Une guerre qui se joue dans les institutions, à l’Assemblée nationale depuis le perchoir de Sonko, et maintenant dans les tribunaux. Le vote de confiance au gouvernement Al Aminou Lo est fixé au 25 août. Dans dix-sept jours, PASTEF décidera s’il fait tomber le gouvernement du président qu’il avait lui-même créé. Ces trois chroniqueurs emprisonnés pour une prière sans nom sur TikTok sont le signe avant-coureur de ce que cette guerre peut encore produire.
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