Par La Rédaction | Lementor.net
Le Procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abobo a rendu public, ce mercredi 12 août, le bilan judiciaire des affrontements communautaires survenus le mardi 4 août dans la localité de Kossandji, sous-préfecture de Danguira, département d’Alépé. Selon le communiqué signé de Naffissiatou Counta, les violences qui ont opposé des membres de différentes communautés ont causé la mort de sept personnes, fait plusieurs blessés, laissé une personne portée disparue et occasionné d’importants dégâts matériels.
Ce bilan tranche avec les premiers décomptes provisoires diffusés dans les heures suivant le drame, lorsque plusieurs médias ivoiriens évoquaient trois à six victimes. L’enquête ouverte par le Parquet d’Abobo a permis d’établir un chiffre plus lourd, révélateur de l’ampleur réelle d’une nuit de chaos qui a plongé tout un village dans l’effroi. Selon les informations recueillies sur place par l’Agence Ivoirienne de Presse, l’origine du drame remonte à un différend foncier entre la communauté autochtone akyé et des habitants allochtones, notamment lobi et mossi, portant sur l’exploitation d’une parcelle familiale. La destruction de plants de manioc aurait dégénéré en altercation, avant qu’un jeune homme de la communauté lobi, porteur d’une machette et poursuivi, ne trouve refuge dans une boutique tenue par un commerçant mossi, un geste qui aurait mis le feu aux poudres et précipité l’embrasement de tout le village.
Dix-huit personnes ont été interpellées dans le cadre de l’enquête ouverte pour identifier et interpeller les auteurs de ces violences. Toutes ont été déférées au Parquet, où une information judiciaire a été ouverte à leur encontre pour meurtre, troubles à l’ordre public, détention illégale d’armes à feu de cinquième et sixième catégories, association de malfaiteurs, vol en temps de nuit et en réunion, dégâts volontaires à la propriété mobilière d’autrui, destruction volontaire de tout ou partie d’immeubles au moyen d’un incendie, ainsi que coups et blessures volontaires. Ces qualifications s’appuient sur les articles 179, 203, 378, 380, 381, 387, 457, 459, 461, 462, 486 et 495 du Code pénal, auxquels s’ajoutent les articles 5 et 14 de la loi n°98-749 du 23 décembre 1998 réprimant les infractions à la réglementation sur les armes, munitions et substances explosives. Les dix-huit mis en cause ont été inculpés de l’ensemble de ces chefs et placés sous mandat de dépôt.

La sévérité de l’arsenal juridique mobilisé, qui combine droit commun et législation spécifique sur les armes, traduit la volonté des autorités judiciaires d’envoyer un signal ferme face à la résurgence des violences intercommunautaires dans la région des Lagunes. Le sous-préfet de Kossandji avait réuni dès le lendemain des faits les représentants des différentes communautés en présence des forces de sécurité pour tenter de ramener le calme, tandis que des élus locaux, dont le député de la circonscription, appelaient à la retenue et à la préservation de la cohésion sociale. Le communiqué du Parquet vient clore, sur le plan judiciaire, une séquence qui restera comme l’un des épisodes les plus meurtriers de tensions foncières enregistrés récemment dans le pays, tout en laissant ouverte la question plus large de la gestion des conflits liés à la terre entre populations autochtones et allochtones.
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