Par Bakary Cissé | Lementor.net
Un chiffre a suffi ce mois de juillet 2026 à rebattre les cartes de l’attractivité ouest-africaine : 7,8 milliards de dollars. C’est le montant des investissements directs étrangers captés par la Guinée en 2025 selon l’édition 2026 du World Investment Report de la CNUCED. Ce résultat propulse Conakry au premier rang en Afrique subsaharienne et au deuxième rang continental derrière l’Égypte. Une performance spectaculaire, plus de cinq fois supérieure au niveau de 2024, qui mérite d’être célébrée mais surtout comprise. Car derrière l’embellie se cache une question plus structurante pour toute la sous-région : capter des capitaux est une chose, en faire une architecture industrielle en est une autre.
Le bond guinéen n’est pas le fruit d’une diversification soudaine de l’économie. Il s’explique presque intégralement par l’entrée en production fin 2025 du gisement de fer de Simandou, un projet mobilisant plus de 21 milliards de dollars entre exploitation minière, chemin de fer et infrastructures portuaires. La géologie a rencontré les capitaux internationaux, portée par le programme Simandou 2040 et ses ambitions évaluées à près de 200 milliards de dollars sur quinze ans. La Guinée devient ainsi une plateforme minière mondiale de premier plan. Mais l’attractivité qui en résulte reste concentrée sur un nombre restreint de méga-projets extractifs. Moins de volumes globaux, plus de concentration autour de grandes transactions structurantes : c’est la tendance continentale que la CNUCED identifie dans son rapport.
Derrière la Guinée, le paysage régional se dessine ainsi. Le Nigeria à 4 milliards de dollars porté par le rebond pétro-gazier et les infrastructures. La Côte d’Ivoire à 2,03 milliards contre 1,48 milliard en 2024, en nette progression sur une base diversifiée. Le Ghana à environ 1,91 milliard combinant ressources naturelles et diversification économique. Le Sénégal à 1 milliard en repli marqué après plusieurs années de flux exceptionnels. Au total l’Afrique de l’Ouest a capté environ 19,6 milliards de dollars en 2025 contre 13,6 milliards en 2024, soit 28 % des 70 milliards reçus par l’ensemble du continent. Mais cette progression masque une réalité à deux vitesses : cinq pays concentrent près de 75 % des flux régionaux, laissant dix autres économies à des niveaux nettement plus modestes.
La Côte d’Ivoire n’affiche pas les volumes guinéens. Elle dispose néanmoins d’un atout structurel différent : une base d’attractivité répartie sur plusieurs filières, agro-industrie, transformation du cacao, anacarde, hévéa, télécommunications, banque, énergie, hydrocarbures, BTP. Cette diversification change la nature du pari économique. Là où l’IDE minier finance essentiellement l’extraction et l’exportation de matière première, l’IDE ivoirien peut, à condition d’être orienté stratégiquement, financer la transformation locale et donc irriguer davantage l’emploi et la valeur ajoutée nationale. C’est précisément la logique qui sous-tend le PND 2026-2030 : ne plus seulement attirer des capitaux mais les arrimer à des chaînes de valeur qui restent sur le territoire.
La prochaine bataille économique ouest-africaine ne se jouera pas seulement sur le montant des IDE captés. Elle se jouera sur la capacité de chaque économie à transformer ces capitaux en écosystèmes industriels durables. Pour la Côte d’Ivoire la question stratégique est précise : comment passer avec ses deux milliards de dollars d’IDE du statut de grande destination d’investissement à celui de véritable plateforme régionale de réinvestissement, de transformation et d’exportation ? C’est cette bataille-là, la captation de la valeur plus que la seule captation du capital, qui déterminera dans la décennie à venir lequel des pôles économiques ouest-africains s’impose durablement.
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