Par AN | La Rédaction
Ce lundi 17 août 2026, les dirigeants des 16 pays membres de la Communauté de développement d’Afrique australe se sont réunis à Durban sous la présidence de l’Afrique du Sud. Le sommet s’ouvre dans un contexte particulièrement chargé pour Pretoria qui assume depuis fin 2025 la présidence tournante d’une organisation que plusieurs crises simultanées testent dans sa capacité à produire des réponses collectives. La question migratoire, longtemps traitée en marge des agendas officiels, s’impose cette année au centre des discussions avec une acuité que les événements de juin 2026 ont rendue inévitable.
En juin dernier, des manifestations contre la présence d’étrangers en situation irrégulière ont dégénéré dans plusieurs zones d’Afrique du Sud, alimentant les inquiétudes sur la montée de la xénophobie et entraînant des opérations de rapatriement de ressortissants étrangers. Ces violences ne sont pas nouvelles dans l’histoire récente de l’Afrique du Sud. Des épisodes similaires avaient éclaté en 2008, 2015 et 2019. Mais leur récurrence dit quelque chose que les gouvernements successifs n’ont pas encore résolu : la coexistence entre une population sud-africaine confrontée à un chômage structurel documenté autour de 32 % et des communautés étrangères, zimbabwéennes, malawites, mozambicaines, congolaises, qui occupent des segments du marché du travail informel que les Sud-Africains refusent ou ne peuvent pas occuper, crée une tension permanente que la crise économique aggrave à chaque pic.
Le président Cyril Ramaphosa a choisi de ne pas esquiver le sujet à l’approche du sommet. Lors d’une intervention publique le 14 août, il a dénoncé les discriminations et les mauvais traitements dont ont été victimes des ressortissants d’autres pays et appelé les membres de la SADC à renforcer leur coopération pour construire une région dans laquelle les populations puissent circuler librement et dans des conditions dignes. Cette déclaration dit la position diplomatiquement difficile de Pretoria : l’Afrique du Sud est simultanément le pays qui génère les flux migratoires les plus importants de la sous-région par son attractivité économique relative, le pays qui produit les violences xénophobes les plus documentées contre ces mêmes migrants, et le pays qui préside l’organisation censée construire les conditions d’une libre circulation régionale. Assumer ces trois rôles contradictoires sans perdre sa crédibilité demande un niveau d’équilibre diplomatique que ce sommet de Durban doit démontrer.
Les discussions avaient débuté au niveau ministériel avant la réunion des chefs d’État. Le Zimbabwe, le Malawi et la République démocratique du Congo, dont les ressortissants ont été les plus directement concernés par les mouvements de contestation, sont entrés dans ces discussions avec des attentes précises. Ces pays veulent des garanties sur les conditions de rapatriement de leurs citoyens et des mécanismes de prévention des nouvelles tensions. Ce qu’ils ne peuvent pas obtenir facilement est une réponse à la cause profonde du problème : tant que l’écart économique entre l’Afrique du Sud et ses voisins restera aussi béant, la pression migratoire continuera de s’exercer quelle que soit la qualité des accords bilatéraux signés.
Le sommet de Durban ne se limite pas aux questions migratoires. La situation dans l’est de la République démocratique du Congo concentre des préoccupations sanitaires avec la progression d’une épidémie d’Ebola dont les risques de diffusion transfrontalière sont documentés. Les échanges commerciaux et les mouvements de population dans cette partie de la sous-région rendent la coopération sanitaire régionale indispensable et urgente. La situation politique à Madagascar figure également à l’agenda après que le pays a renoncé à exercer la présidence de la SADC, laissant l’Afrique du Sud assumer la direction intérimaire depuis fin 2025.
La situation électorale en Zambie est le quatrième dossier sensible. Les observateurs de la SADC présents dans le pays ont fait part de préoccupations concernant certains aspects du processus électoral. La Commission électorale zamibienne publie ses résultats circonscription par circonscription dans un processus qui maintient l’attention des observateurs régionaux. Ces scrutins en temps réel qui s’étirent sur plusieurs jours sont devenus un terrain de surveillance régionale que la SADC ne peut pas ignorer sans fragiliser sa propre crédibilité sur les questions démocratiques.
Ce sommet de Durban dit ce qu’est la SADC en 2026 : une organisation régionale qui a les outils institutionnels pour coordonner les réponses communes mais qui peine à imposer ces réponses dans des États membres jaloux de leur souveraineté nationale sur les questions migratoires, électorales et sécuritaires. La présidence sud-africaine est une opportunité de changer cette dynamique. Elle est aussi un risque : si Pretoria ne parvient pas à réconcilier son discours de libre circulation avec les violences xénophobes qui se produisent sur son propre territoire, le sommet de Durban produira des communiqués sans lendemain. Et les fantômes de juin 2026 hanteront le prochain sommet.
Leave a comment