Par MK | Lementor.net
Il y a des dates qui ne se laissent pas enfermer dans les livres d’histoire. Le 19 septembre 2002 en est une pour la Côte d’Ivoire. Ce jour-là, une partie de la jeunesse du pays, lasse d’un discours qui distinguait les « vrais » Ivoiriens des autres, a pris les armes contre un ordre qu’elle jugeait fondé sur l’exclusion.
Le poids d’un mot : « ivoirité »
Ce concept, né dans les années 1990, avait fini par nourrir des pratiques d’exclusion bien réelles : cartes d’identité contestées, éligibilité restreinte, suspicion permanente pesant sur des millions de citoyens du Nord ou d’origine étrangère. Pour ceux qui ont pris les armes ce 19 septembre, il s’agissait de mettre fin par la force à ce qu’un dialogue politique bloqué ne parvenait plus à résoudre.
Une revendication, pas un aboutissement pacifique
Se réclamer aujourd’hui de cet héritage, c’est affirmer que ce sursaut a contribué à porter sur la place publique des questions que le pays refusait d’affronter : qui est ivoirien ? qui a le droit de voter, de posséder, de gouverner ? Les accords de Marcoussis, puis la décennie de crise qui a suivi, ont fini par imposer une refonte de l’état civil, du code de la nationalité et de l’accès à la citoyenneté que l’ancien système refusait.
Ce que la commémoration doit aussi porter
Mais toute mémoire honnête de ce jour doit tenir ensemble deux vérités. Revendiquer l’héritage d’une lutte contre l’exclusion, oui — en taire le prix, non. Le 19 septembre 2002 a ouvert une guerre qui a duré près d’une décennie, coupé le pays en deux, et causé la mort de milliers de civils, des exactions documentées de part et d’autre, y compris dans les zones tenues par les ex-rebelles. De nombreux Ivoiriens, notamment parmi les victimes des Forces nouvelles elles-mêmes, contestent l’idée que la rébellion ait « réglé » l’ivoirité et l’exclusion plutôt que déplacé ces logiques vers d’autres acteurs et d’autres régions. La réconciliation nationale, engagée après 2011, reste elle-même un chantier inachevé et discuté.
Commémorer le 19 septembre, c’est donc moins célébrer une victoire qu’assumer une mémoire à plusieurs voix ( celle de ceux qui y voient un combat légitime contre l’exclusion, et celle de ceux qui y voient d’abord le prix humain d’une guerre).
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