Par La Rédaction | Lementor.net
Le 4 novembre 2025, le comité exécutif de la CAF a pris une décision qui paraissait technique mais qui était en réalité historique : la CAN Féminine passerait de 12 à 16 équipes à partir de l’édition 2026. Cette décision, annoncée discrètement depuis le siège de la confédération africaine, dit quelque chose de précis sur l’état du football féminin africain en 2026 : il a atteint un niveau de profondeur suffisant pour justifier l’élargissement du cercle des meilleures nations. Ce n’était pas vrai il y a dix ans. Ça l’est aujourd’hui.
La 14ème édition de la compétition continentale féminine se déroule au Maroc du 26 juillet au 16 août 2026. C’est la troisième fois consécutive que le Maroc accueille l’épreuve après 2022 et 2024. Trente-quatre matchs. Cinq stades entre Rabat et Casablanca. Seize sélections réparties en quatre groupes de quatre. Les deux premières de chaque groupe se qualifient pour les quarts de finale. Et au-delà du trophée continental, un enjeu qui dépasse la seule Afrique : les quatre demi-finalistes décrochent directement leur qualification pour la Coupe du monde féminine 2027 au Brésil. Les quatre quarts de finalistes éliminés se disputeront deux places supplémentaires via des barrages intercontinentaux. L’Afrique peut envoyer jusqu’à six représentantes au Mondial brésilien. C’est deux de plus que par le passé. Ce chiffre dit l’ambition croissante du football féminin africain sur la scène mondiale.
La composition des groupes dit à la fois les certitudes et les surprises de ce tournoi. Le groupe A réunit le Maroc, l’Algérie, le Sénégal et le Kenya. Le pays hôte a ouvert la compétition avec une victoire 4-0 contre le Kenya dès la première journée. L’Algérie, qualifiée pour la deuxième fois consécutive après avoir éliminé un Cameroun jamais qualifié deux fois de suite, a battu le Sénégal 2-0 dans l’autre match du groupe. Le groupe B, celui des Éléphantes, réunit l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et la Tanzanie. Première surprise du tournoi : la Tanzanie a battu l’Afrique du Sud 2-1 lors de la première journée, dès le 26 juillet. Et la Côte d’Ivoire a écrasé le Burkina Faso 4-1 le 27 juillet à Casablanca dans un match qui a dit le retour fracassant des Éléphantes après 12 ans d’absence en phase finale. Le groupe C réunit le Nigeria tenante du titre, la Zambie, l’Égypte et le Malawi. Le groupe D réunit le Ghana, le Cameroun, le Mali et le Cap-Vert.
Ce passage de 12 à 16 équipes dit plusieurs choses qui méritent d’être analysées séparément. La première est la démocratisation géographique du football féminin africain. Les quatre équipes repêchées parmi les meilleures non qualifiées selon le classement FIFA, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Mali et l’Égypte, disent que le vivier de talent dépasse désormais les douze places disponibles. Le Cameroun, absent des deux dernières phases finales, est de retour. L’Algérie, présente pour la deuxième fois consécutive, dit que l’Afrique du Nord investit sérieusement dans son football féminin après des décennies d’absence. La Tanzanie, qui bat l’Afrique du Sud lors de la première journée, dit que la hiérarchie continentale n’est plus figée. Et la Côte d’Ivoire, absente depuis 2014, revient avec une démonstration d’entrée qui dit que son retour n’est pas circonstanciel.
La deuxième chose que dit cet élargissement est financière. Patrice Motsepe, président de la CAF, a annoncé le 22 juillet 2026 une augmentation significative des primes. La prime de participation passe de 125 000 à 150 000 dollars par équipe. La prime pour le champion double, passant de 1 à 2 millions de dollars. Ces chiffres restent modestes comparés aux primes du football masculin africain. Mais leur progression dit que la CAF reconnaît que le football féminin génère de la valeur qui mérite d’être redistribuée vers les fédérations qui l’investissent. Pour une fédération comme la FIF en Côte d’Ivoire, dont le budget annuel reste contraint, ces primes représentent un signal d’encouragement à continuer d’investir dans la sélection féminine.
La troisième dimension est celle de la VAR. Pour la première fois dans l’histoire de la CAN Féminine, la technologie d’assistance vidéo à l’arbitrage est utilisée dans la compétition. Ce n’est pas un détail technique. C’est un signal de professionnalisation qui dit que la CAF traite le football féminin africain avec les mêmes exigences d’équité et de précision que le football masculin. Chaque décision litigieuse peut être revue. Chaque penalty douteux peut être invalidé ou accordé par l’assistance vidéo. Cette technologie change le rapport des équipes à la simulation, à la faute tactique et à la recherche de l’avantage illicite. Elle élève le niveau d’exigence collective.
La vraie révolution de cette édition n’est pas dans les scores ni dans les favorites. Elle est dans la structure du tournoi et ses conséquences pour les années qui viennent. Avant 2026, quatre équipes africaines allaient au Mondial féminin. Désormais potentiellement six. Cette progression n’est pas cosmétique. Elle dit que l’Afrique s’impose comme un continent dont le football féminin mérite une représentation élargie sur la scène mondiale. Ce qui se jouera entre le 26 juillet et le 16 août à Rabat et Casablanca, c’est moins le titre continental en lui-même que la cartographie du football féminin africain pour la prochaine décennie. Qui sera présent au Brésil en 2027 ? Qui développera des programmes de formation en s’appuyant sur cette qualification ? Qui attirera des sponsors et des partenaires médias grâce à une visibilité mondiale renforcée ? Ces questions se répondront dans les stades marocains. Et les réponses façonneront le football féminin africain bien après que le trophée aura été remis.
Pour la Côte d’Ivoire, cette CAN dit quelque chose de précis sur la transformation du football ivoirien sous Yacine Idriss Diallo. Les Éléphantes absentes depuis 2014 reviennent avec un sélectionneur français, Reynald Pedros, un 4-1 contre le Burkina Faso à l’entrée, et un groupe B qui les met immédiatement face à l’Afrique du Sud, nation de référence du football féminin continental. Ce chemin est difficile. Il est à la hauteur des ambitions d’une fédération qui a décidé de traiter son football féminin avec le même sérieux que son football masculin. Le 7 août prochain, pendant que Yopougon célèbre l’indépendance avec un défilé historique, les Éléphantes pourraient être en quarts de finale d’une CAN. Les deux images, ensemble, diraient quelque chose de beau sur ce pays.
Leave a comment