Par la Rédaction | Lementor.net
L’Autorité de Régulation de la Commande publique a révélé ce mardi 23 juin 2026, lors d’une rencontre face aux citoyens, que près de 180 entreprises ont été exclues des marchés publics ivoiriens pour une durée de deux ans, en raison d’irrégularités dans la passation et l’exécution de contrats. Cette décision, qui concerne à la fois des entreprises nationales et étrangères opérant sur le marché ivoirien, est l’un des actes de gouvernance publique les plus significatifs de ces derniers mois.
La commande publique représente en Côte d’Ivoire plusieurs milliers de milliards de FCFA annuellement. C’est l’un des principaux leviers par lesquels l’État investit dans les infrastructures, les services publics et le développement économique du pays. C’est aussi, historiquement, l’un des espaces les plus exposés à la corruption, à la surfacturation, aux ententes illicites entre soumissionnaires et aux commissions occultes qui détournent une part de la dépense publique vers des circuits privés au détriment de la qualité et du volume des réalisations.
L’exclusion de 180 entreprises dit que l’ARCOP a les moyens et la volonté d’agir. Ces exclusions ne sont pas des décisions prises à la légère. Elles supposent une procédure contradictoire dans laquelle les entreprises concernées ont pu présenter leurs arguments avant qu’une sanction ne soit prononcée. Elles supposent des équipes d’inspection et d’audit capables de détecter les irrégularités dans des dossiers de marchés publics qui peuvent être techniquement complexes. Et elles supposent une autorité de régulation suffisamment indépendante pour prononcer des sanctions contre des entreprises qui peuvent avoir des connexions politiques ou économiques influentes.
Ce dernier point est crucial dans le contexte ivoirien. La commande publique en Côte d’Ivoire n’est pas un espace neutre. Elle est investie par des réseaux économiques et politiques qui font des marchés de l’État une source de financement politique et d’enrichissement personnel. Sanctionner 180 entreprises dans ce contexte, c’est inévitablement toucher à des intérêts qui ont des protections. Que l’ARCOP l’ait fait dit que l’institution a soit une indépendance réelle, soit une couverture politique suffisamment forte pour agir. Dans les deux cas, c’est un progrès par rapport à une situation antérieure où de telles sanctions étaient rarissimes.
Ce qui reste à vérifier dans les mois qui viennent, c’est l’effectivité de ces exclusions. Une entreprise exclue des marchés publics qui continue de soumissionner sous un nom différent ou via une filiale non sanctionnée reproduit les mêmes pratiques avec impunité. L’ARCOP devra démontrer que ses sanctions sont non seulement prononcées mais effectivement appliquées dans tous les ministères et toutes les entités adjudicatrices du pays. C’est à cette condition que ce signal fort se transformera en changement durable des pratiques.
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