Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a dans le nord de la Côte d’Ivoire une économie parallèle de l’or dont l’ampleur est connue de tout le monde et maîtrisée par personne. Des milliers d’orpailleurs clandestins extraient chaque jour des dizaines de kilos d’or sans permis, dans des conditions d’une dangerosité extrême pour les travailleurs, d’une toxicité réelle pour les cours d’eau environnants et d’un coût fiscal considérable pour un État qui devrait percevoir des redevances et des impôts sur une production qu’il n’arrive pas à comptabiliser ni à réguler.
Le paradoxe de cette situation est saisissant. La Côte d’Ivoire est en train de devenir une puissance aurifère africaine. Sa production officielle d’or a dépassé 58 tonnes en 2024, la deuxième source de devises après le cacao. Des compagnies internationales comme Barrick Gold, Perseus Mining et Roxgold opèrent sur le territoire avec des concessions en bonne et due forme, des systèmes de traçabilité et des obligations fiscales respectées. Et en parallèle, dans les zones de Séguéla, Boundiali, Tengréla et d’autres localités du nord, des milliers de creuseurs artisanaux extraient de l’or qui prend des routes alternatives avant de quitter le territoire, souvent via les pays voisins, sans que l’État ivoirien ne capte quoi que ce soit.
Ce phénomène n’est pas nouveau. L’orpaillage artisanal clandestin existe en Côte d’Ivoire depuis des décennies. Mais sa montée en puissance coïncide avec la hausse des cours de l’or sur les marchés internationaux, qui ont atteint des niveaux records ces dernières années. Quand le prix de l’or augmente, l’attractivité de l’orpaillage clandestin augmente proportionnellement, attirant vers les sites des populations rurales qui voient dans cette activité une alternative plus rentable à l’agriculture vivrière ou au travail salarié précaire.
La réponse de l’État a oscillé entre la répression, qui produit des résultats temporaires mais ne règle pas le problème structurel, et la tentative de formalisation, par la délivrance de permis d’orpaillage artisanal légal. Ces deux approches ont montré leurs limites. La répression est difficile à maintenir sur des zones géographiques étendues et frontalières. La formalisation se heurte aux délais administratifs, aux coûts d’accès aux permis et à la méfiance des orpailleurs envers une administration dont ils se sentent éloignés.
Ce qui manque, c’est une stratégie cohérente qui combine le contrôle des frontières pour limiter les exports clandestins, la simplification des procédures de régularisation pour les orpailleurs qui veulent opérer légalement, et le développement économique alternatif dans les zones concernées pour offrir des perspectives à des populations dont l’orpaillage est parfois la seule source de revenus disponible. Cette stratégie existe dans les discours gouvernementaux. Elle tarde à se traduire en réalité sur le terrain.
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