Par La Rédaction | Lementor.net
La Banque mondiale projette une croissance de 6,1 % pour la Côte d’Ivoire en 2026, après 5,8 % en 2025 et vers 6,4 % en 2027. Ce chiffre place le pays parmi les économies les plus dynamiques du continent africain et confirme une trajectoire de croissance soutenue que la Côte d’Ivoire maintient depuis 2012 avec une régularité remarquable, interrompue seulement par les chocs exogènes de la pandémie de COVID-19 en 2020.
Ce que valide la Banque mondiale, c’est moins le niveau absolu de la croissance que sa soutenabilité et sa qualité institutionnelle. L’analyse de la viabilité de la dette conduite en mars 2025 par le FMI et la Banque mondiale a confirmé que le risque global de surendettement de la Côte d’Ivoire demeurait modéré. Cette qualification, qui tranche avec la situation de plusieurs économies africaines dont la dette est devenue insoutenable, est le résultat d’une gestion budgétaire qui a privilégié la discipline sur la dépense. Les recettes nominales totales ont augmenté de 11,5 % entre 2023 et 2024, dépassant la croissance d’environ 9 % du PIB nominal. Cette progression des recettes fiscales plus rapide que la croissance économique signifie que l’État élargit son assiette fiscale, capte une plus grande part de la richesse créée et réduit progressivement sa dépendance aux financements extérieurs.
Mais les fragilités sont réelles et méritent d’être nommées avec la même clarté que les succès. La dette publique a progressé significativement depuis 2019, passant de 37,2 % du PIB à près de 60 % en 2024. Cette progression, même si elle reste dans les limites d’un risque modéré selon les standards internationaux, réduit les marges de manœuvre budgétaires en cas de choc externe. Un effondrement des cours du cacao, un choc pétrolier, une crise sécuritaire régionale majeure, ou une remontée des taux d’intérêt mondiaux pourraient rapidement transformer une dette gérable en une charge insoutenable.
La concentration de la croissance reste le défi structurel le plus profond. Quand 80 % du PIB est généré par une seule ville, la croissance nationale ne se traduit pas automatiquement en amélioration des conditions de vie pour les populations rurales, celles du nord et de l’ouest du pays, celles des quartiers populaires d’Abidjan qui regardent les gratte-ciels de Cocody avec le sentiment d’être spectateurs d’une prospérité qui ne les concerne pas. C’est ce sentiment, plus que les statistiques macroéconomiques, qui nourrit les tensions sociales et qui fait que des quartiers comme Koumassi Campement sont habités par des familles qui n’ont nulle part d’autre où aller.
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