Par AN | Lementor.net
La 13ᵉ édition de la CGECI Academy a été lancée lundi à Abidjan, en présence du Premier ministre Robert Beugré Mambé, sur le thème de la souveraineté économique. Pendant deux jours, le rendez-vous patronal rassemble dirigeants publics, chefs d’entreprise et partenaires internationaux pour réfléchir aux voies d’une plus grande indépendance économique du continent.
Dans son discours d’ouverture, Robert Beugré Mambé a fixé la ligne de conduite du gouvernement ivoirien : accroître la production locale, transformer davantage les matières premières et faire émerger des « champions nationaux », avec un accompagnement adapté selon la taille des entreprises.
Portée par la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), qui fédère près de 4 000 entreprises totalisant un chiffre d’affaires de 22 000 milliards FCFA, cette édition met le Maroc à l’honneur, représenté par une importante délégation de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM).
La cérémonie inaugurale a réuni plusieurs personnalités de premier plan, parmi lesquelles Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Dr. Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement (BAD), ainsi que des représentants patronaux du Sénégal et du Cameroun.
Le président de la CGECI, Ahmed Cissé, a rappelé que la souveraineté économique résidait avant tout dans la capacité des États à définir et mettre en œuvre leurs propres politiques de développement. Dans la même veine, le ministre ivoirien du Commerce, Souleymane Diarrassouba, a insisté sur l’urgence de transformer les ressources locales, rappelant que plus de 70 % des matières premières africaines sont exportées brutes, et que la recherche et développement reste limitée à 0,5 % du PIB, contre 2,2 % en moyenne mondiale.
Louise Mushikiwabo a, pour sa part, élargi la perspective au niveau francophone, rappelant que cet espace représente 16,5 % du PIB mondial. Elle a mis en garde contre le risque que la jeunesse francophone devienne « une bombe à retardement », si les pays ne parviennent pas à renforcer leur souveraineté économique.
Les panels ont ensuite mis en avant le rôle de l’intégration régionale, de la stabilité macroéconomique et du secteur privé. Paulo Gomez a cité l’exemple de l’Africa Finance Corporation (AFC), financée par 500 millions de dollars issus des réserves de la Banque centrale du Nigeria, comme une illustration concrète de souveraineté financière. Le ministre ivoirien des Finances, Adama Coulibaly, a souligné que l’autonomie économique passait aussi par des réformes structurelles et une ouverture maîtrisée aux investissements étrangers.
Pour sa première sortie publique en tant que président de la BAD, Dr. Sidi Ould Tah a présenté ses priorités : accroître les financements disponibles, repenser l’architecture financière africaine, transformer la démographie en atout en intégrant l’économie informelle, et renforcer les infrastructures. « L’Afrique ne compte que 25 milliardaires contre un millier en Asie, mais nous allons bâtir une coalition du secteur privé africain », a-t-il affirmé, sous les applaudissements.
Alors que la croissance ivoirienne est attendue à 6,5 % en 2025, Abidjan ambitionne de faire de la souveraineté économique un levier pour consolider sa trajectoire vers l’émergence et réduire sa dépendance aux exportations brutes.
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