Par La Rédaction | Lementor.net
Abidjan — Onze ans après avoir offert à la Côte d’Ivoire l’un des titres les plus émouvants de son histoire, Hervé Renard revient s’asseoir sur le banc des Éléphants. À 57 ans, le technicien français n’est pas un inconnu qui débarque : c’est un vieil ami du pays qui rentre à la maison.
Un nom qui n’a jamais vraiment quitté Abidjan
Il y a des noms qui restent gravés dans la mémoire d’un peuple. En Côte d’Ivoire, celui d’Hervé Renard en fait partie. En 2015, sur le banc des Éléphants, il conduit la sélection ivoirienne à la Coupe d’Afrique des Nations, décrochée au bout d’une finale d’anthologie face au Ghana, refermée sur la plus longue séance de tirs au but qu’ait connue la compétition (9 à 8). Ce sacre reste l’un des plus marquants de l’histoire du football ivoirien. Alors, quand le nom d’Emerse Faé cesse d’être associé au poste, un seul nom s’impose presque naturellement dans les discussions : celui du technicien qui n’a jamais vraiment cessé, dans le cœur des Ivoiriens, d’appartenir à la maison des Éléphants. En 2023 déjà, alors qu’il était sous contrat avec l’équipe de France féminine, la Fédération avait tenté de le faire revenir en prêt le temps de la CAN à domicile — preuve que ce lien n’a jamais été rompu.
Un CV qui a fait le tour du monde
Peu d’entraîneurs peuvent se targuer d’un tel parcours. Formé comme défenseur central à l’AS Cannes avant de raccrocher les crampons à la fin des années 1990, Hervé Renard entame sa carrière de technicien dans le Var, au SC Draguignan, puis part à l’aventure : adjoint de Claude Le Roy en Chine, un bref passage à la tête de Cambridge United en Angleterre, une escale au Vietnam, deux saisons à Cherbourg, avant de retrouver Claude Le Roy comme adjoint avec le Ghana, mené à la 3e place de la CAN 2008.
C’est en Afrique que sa légende commence vraiment à s’écrire. En 2012, à la tête d’une Zambie outsider, il réalise l’exploit de remporter la Coupe d’Afrique des Nations aux tirs au but… contre la Côte d’Ivoire. Trois ans plus tard, c’est avec les Éléphants eux-mêmes qu’il soulève à nouveau le trophée, devenant le premier entraîneur de l’histoire à remporter la CAN avec deux sélections différentes. Il enchaînera ensuite avec le Maroc (titre au Championnat d’Afrique des Nations 2018, qualification pour le Mondial russe), puis avec l’Arabie Saoudite, qu’il conduit à l’un des plus grands exploits de l’histoire des Coupes du monde : la victoire 2-1 contre l’Argentine lors du Mondial 2022, où les Sud-Américains seront pourtant sacrés champions du monde quelques semaines plus tard. Passé aussi par l’équipe de France féminine (finale de la Ligue des Nations UEFA 2024), il aura, au moment de son retour à Abidjan, dirigé six sélections nationales sur trois continents différents — l’un des CV internationaux les plus fournis du football mondial.
« Le Sorcier blanc »
En Afrique, on ne l’appelle pas simplement coach. On l’appelle le Sorcier blanc, en hommage à sa capacité, prouvée à répétition, à transformer des sélections modestes en championnes continentales. Ce surnom, il le porte comme un étendard, et il s’en explique volontiers : lui qui a dirigé quatre sélections africaines (Zambie à deux reprises, Angola, Côte d’Ivoire, Maroc) affirme connaître le continent « par cœur ». Ce n’est pas une formule. C’est aussi une histoire personnelle : son épouse, Viviane Dièye, est la veuve de Bruno Metsu, l’entraîneur français resté l’une des figures les plus aimées du football africain pour avoir conduit le Sénégal jusqu’en quarts de finale de la Coupe du monde 2002. Une filiation qui inscrit Hervé Renard, bien au-delà des trophées, dans les grandes heures affectives du football du continent.
À cela s’ajoute une réputation bien ancrée : contrairement à beaucoup de techniciens de passage, Hervé Renard a pour habitude de s’installer durablement dans les pays qu’il dirige, au plus près des joueurs et du public — une proximité qui, en Côte d’Ivoire comme ailleurs, a toujours fini par payer sur le terrain.
Sa philosophie : croire, avancer, résister
Interrogé en pleine Coupe du monde 2026, alors qu’il venait de reprendre la Tunisie au pied levé, Hervé Renard résumait en une phrase ce qui a toujours fait sa force :
« Il faut avoir de la résilience, il faut avancer, il faut y croire. »
Une philosophie de la gagne qui tient en peu de mots, mais qui a suffi, par le passé, à transformer des équipes qu’on annonçait battues d’avance en équipes de légende.
Un nouveau chapitre pour les Éléphants
Le calendrier ne laisse pas de temps mort : dès le 23 septembre 2026, les Éléphants entament leurs éliminatoires pour la CAN 2027, à domicile, face au Ghana — un symbole, puisque c’est justement le Ghana qu’ils avaient battu en finale sous la houlette de Renard en 2015. La Fédération attend de ce retour qu’il capitalise sur un vivier déjà en partie familier, qu’il restaure une ambition de sacre continental, et qu’il apporte au groupe la sérénité d’un homme habitué aux plus grands rendez-vous.
Onze ans après avoir fait chavirer tout un pays, le Sorcier blanc revient à la maison. Reste à savoir s’il peut, une seconde fois, y écrire l’histoire.
Leave a comment