Par La Rédaction | Lementor.net
Parmi les figures qui ont porté PASTEF dans les quartiers populaires de Dakar et sur les réseaux sociaux, le rappeur Nitdoff occupait une place particulière. Jeune, ancré dans la culture urbaine sénégalaise, convaincu que ce mouvement incarnait une rupture réelle avec l’ordre politique établi, il représentait exactement le profil de militant que Sonko avait su mobiliser pendant des années d’opposition. Ce mercredi 29 juillet 2026, Nitdoff a annoncé sa démission de PASTEF pour désaccord fondamental avec le projet politique du parti.
Cette démission n’est pas celle d’un cadre ou d’un élu. C’est celle d’un symbole. Et quand les symboles partent, ils disent ce que les statistiques ne peuvent pas mesurer : l’érosion de la conviction. Les départs se multiplient depuis le limogeage de Sonko en mai 2026 et le lancement de Kiiraay le 25 juillet. Des cadres. Des militants de base. Des sympathisants qui constituaient l’atmosphère de soutien populaire autour de PASTEF. Ce mouvement de désertion dit que la crise n’est pas seulement institutionnelle entre Diomaye et Sonko. Elle est identitaire au sein de la communauté militante qui avait fait de PASTEF bien plus qu’un parti : une cause, une promesse de rupture, un projet de transformation sociale que des milliers de jeunes Sénégalais avaient embrassé avec une intensité qui dépassait largement le simple vote.
La question que PASTEF ne peut plus esquiver est celle-ci : que reste-t-il du mouvement quand ceux qui l’avaient rejoint par conviction idéologique, pas par calcul politique, commencent à partir ? Les 130 sièges à l’Assemblée nationale sont un atout considérable dans la guerre institutionnelle contre Diomaye. Mais les partis ne se construisent pas avec des sièges parlementaires. Ils se construisent avec des militants qui croient en quelque chose. Nitdoff, en partant, dit publiquement qu’il ne croit plus au projet que PASTEF lui avait proposé.
Ce départ intervient dans un contexte où la base culturelle et artistique qui avait soutenu PASTEF commence à se fissurer. La jeunesse sénégalaise qui avait vu dans Sonko l’homme de la rupture observe depuis mai 2026 un homme qui utilise le perchoir de l’Assemblée nationale pour mener une guerre institutionnelle contre le président qu’il avait lui-même créé politiquement. Cette dissonance entre le discours de la rupture et la réalité de la guerre de positionnement personnel produit exactement le type de désillusion dont Nitdoff est le symptôme. Pas le dernier. Ni le plus grave. Mais le plus visible culturellement. Car dans la politique sénégalaise comme dans la politique africaine, perdre la rue et les artistes qui la parlent est souvent le début d’une fin politique plus longue qu’on ne le croit.
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