La rédaction | Lementor.net
Il y a des lendemains de fête qui ressemblent à des matins de vérité. Ce lundi 4 mai, les journaux ivoiriens reprennent leur service après le 1er mai et posent sur la table des questions que la célébration officielle avait soigneusement mises de côté.
La première est celle du président absent. Le Canard Déchaîné le note avec sa franchise habituelle : Alassane Ouattara n’a pas rencontré les syndicats pour la Fête du Travail. Une tradition rompue depuis une décennie, selon le journal. Dix ans sans cette rencontre protocolaire entre le chef de l’État et les organisations de travailleurs. Dans un pays où le dialogue social est présenté comme une priorité gouvernementale, cette distance dure mérite qu’on la nomme clairement. Ce n’est pas un oubli de calendrier. C’est une posture.
C’est le Premier ministre Robert Beugré Mambé qui a occupé l’espace laissé vacant. Soir Info rapporte ses propos, jugés conciliants. Le Mandat parle d’un discours d’apaisement. Aujourd’hui y voit une volonté de préserver la trêve sociale. Ces lectures convergentes disent une chose : le gouvernement sait que le climat social est tendu et choisit la voie de la décrispation verbale. Ce qui reste ouvert est la question de savoir si les mots suffiront quand les salaires, eux, n’ont pas suivi la hausse du coût de la vie.
Cette hausse a un visage concret depuis vendredi soir. Le super sans plomb à 875 FCFA, le gasoil à 700 FCFA — le choc est absorbé différemment selon qu’on est cadre du Plateau ou conducteur de gbaka à Yopougon. Le Sursaut explique l’ajustement par les contraintes du marché international. Les prix du Brent ont flambé dans la nuit du 29 au 30 avril, passant de 118 à 126 dollars en quelques heures sous l’effet des tensions au Moyen-Orient. La Côte d’Ivoire n’a pas inventé cette hausse. Elle en absorbe la conséquence. Mais La Tribune Ivoire révèle quelque chose qui mérite d’être salué : plus de 100 milliards de FCFA auraient été mobilisés par l’État pour limiter l’impact de la flambée sur les consommateurs. Sans cet effort budgétaire, la hausse à la pompe aurait été bien plus violente. Ce chiffre dit ce que les discours officiels ne disent pas toujours assez clairement — le gouvernement a choisi de protéger les ménages en prenant une partie du choc sur les finances publiques.
Sur le front politique, Guillaume Soro parle depuis son exil. Un message aux travailleurs, des appels à garder espoir. La mécanique est connue — Soro existe médiatiquement depuis l’extérieur en s’invitant dans les moments symboliques du calendrier national. Le PPA-CI de Laurent Gbagbo, lui, continue sa restructuration interne selon Le Direct. Un parti qui se réorganise après la défaite de la présidentielle de 2025 — c’est le travail ordinaire d’une opposition qui cherche un second souffle.
Et puis il y a le sport, qui offre ce lundi matin ce que la politique et l’économie peinent à donner — de la joie simple et méritée. Yamoussoukro FC et OFC Adiaké font leur entrée historique en Ligue 1. Deux clubs de villes qui ne s’étaient jamais exprimées à ce niveau du football ivoirien. C’est ça aussi, le développement d’un pays — quand le football de province monte en puissance, c’est que quelque chose a changé dans les infrastructures, dans la formation, dans l’organisation. L’ASEC Mimosas, leader stoïque malgré ses accrocs récents, vise le doublé championnat-coupe avec la sérénité des grands.
Ce que la presse ivoirienne dit ce matin, en filigrane derrière les titres, c’est quelque chose de plus complexe qu’un simple bilan du 1er mai. C’est le portrait d’un pays qui tient — économiquement, socialement, institutionnellement — dans un environnement régional qui s’effondre. Mais qui tient avec des tensions internes que les discours d’apaisement ne peuvent pas effacer indéfiniment.
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