CB | Lementor.net
Il y a des qualificatifs qui ne s’accordent pas facilement dans les communiqués du Fonds Monétaire International. L’institution de Washington est connue pour sa sobriété de langage, ses formulations prudentes, ses encouragements mesurés. Quand elle parle de « performances remarquables », ce n’est pas de la courtoisie diplomatique. C’est un jugement.
La mission conduite du 22 au 30 avril 2026 à Abidjan par Geneviève Verdier a bouclé la sixième et dernière revue des programmes appuyés par le mécanisme élargi de crédit et la facilité élargie de crédit, ainsi que la cinquième revue de la facilité pour la résilience et la durabilité. Ces accords, approuvés en mai 2023 pour un montant global de 3,5 milliards de dollars, arrivent à leur terme. Trois ans de programme. Trois ans de revues semestrielles. Trois ans pendant lesquels la Côte d’Ivoire a dû démontrer, chiffres à l’appui, qu’elle gérait ses finances publiques avec la rigueur que l’institution exige.
Le résultat le plus concret est là : le déficit budgétaire a été ramené à 3% du PIB en 2025. C’est exactement le critère de convergence de l’UEMOA. Pas au-dessus, pas en dessous — dans la norme, tenue sur l’ensemble de l’exercice malgré les tensions sur les marchés pétroliers mondiaux et la pression des dépenses liées au PND. Le Compte unique du Trésor a été consolidé, optimisant la gestion de la trésorerie de l’État. Les réformes de gouvernance des entités publiques ont avancé, réduisant les risques liés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme dans le système financier ivoirien. Ces chantiers ne font pas la une des journaux. Ils font la solidité d’un système économique sur le long terme.
Sur le plan climatique, les discussions ont porté sur l’introduction d’un mécanisme d’assurance pour la filière coton, l’élaboration d’une stratégie de taxation carbone et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Des engagements qui s’inscrivent dans la facilité pour la résilience et la durabilité — un programme qui dit que la Côte d’Ivoire ne gère plus seulement sa conjoncture économique mais commence à intégrer les risques climatiques dans son architecture financière.
Le tableau n’est pas sans ombres. La croissance est projetée à 6% en 2026 contre 6,5% en 2025 — un ralentissement léger lié à une demande et des investissements moins dynamiques. L’inflation, qui avait été maîtrisée à un niveau exceptionnellement bas de 0,1% en 2025, devrait remonter à 3,3% en 2026 sous l’effet de la flambée des cours pétroliers et des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. Le déficit du compte courant se creusera à 2,2% du PIB contre 0,7% l’an dernier. Ces indicateurs méritent d’être suivis — ils disent que la Côte d’Ivoire n’est pas imperméable aux chocs extérieurs et que la vigilance reste de mise.
Le FMI le dit clairement. Les tensions géopolitiques, les politiques commerciales mondiales, les incertitudes financières constituent des risques réels pour les perspectives du pays. La vulnérabilité aux chocs climatiques et sécuritaires, mentionnée explicitement, résonne autrement depuis les attaques du 25 avril au Mali voisin. Abidjan le sait. Et l’engagement pris devant le FMI de maintenir le déficit à 3% du PIB d’ici 2028 n’est pas un exercice purement comptable — c’est la condition pour que la Côte d’Ivoire conserve l’espace fiscal nécessaire pour répondre à des chocs imprévus sans plonger dans une spirale d’endettement.
À moyen terme, les perspectives restent solides. Une croissance moyenne projetée à 6,7%, une inflation maîtrisée sous le seuil communautaire, un risque de surendettement jugé modéré. Le FMI part d’Abidjan avec un bon rapport. La Côte d’Ivoire boucle trois ans de programmes avec la note qu’elle cherchait.
Pendant que certains voisins gèrent des offensives terroristes et des crises de gouvernance, Abidjan reçoit des délégations du FMI et entend parler de performances remarquables. Cette image dit quelque chose sur les choix qui ont été faits.
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