Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a eu un moment, dans la nuit du 19 juillet 2026 au MetLife Stadium, qui restera dans les mémoires de ceux qui aiment le football pour ce qu’il devrait être. Le coup de sifflet final venait de retentir. L’Espagne était championne du monde. Et pendant que Lamine Yamal et ses coéquipiers s’étreignaient avec la joie pure de ceux qui ont tout donné pour mériter ce titre, des joueurs argentins frappaient leurs adversaires. Paredes saisissait Eric Garcia par la gorge. Gavi recevait un coup au visage. La mêlée s’étalait sur la pelouse d’un stade qui regardait, médusé, une équipe perdre avec la même violence qu’elle avait mise à jouer pendant quatre-vingt-dix minutes.
Et Lionel Scaloni pleurait.
Il faut s’arrêter sur ces larmes. Parce qu’elles disent quelque chose d’essentiel sur l’homme et sur ce qu’est devenue cette sélection sous sa direction. Ces larmes n’étaient pas les larmes d’un entraîneur qui pense à ses joueurs, à leurs sacrifices, à ce qu’ils ont traversé pour arriver là. Elles n’étaient pas les larmes de quelqu’un qui regarde la pelouse et voit une équipe qui a tout donné jusqu’au bout. Elles étaient les larmes d’un homme qui ne supporte pas de perdre. La rage déguisée en chagrin. L’orgueil blessé habillé en émotion sportive. Parce qu’un entraîneur qui pleure sa défaite aurait dû, avant de pleurer, se retourner et dire à ses joueurs d’aller féliciter les champions. Un entraîneur qui a de la classe aurait dû marcher vers Luis de la Fuente, lui serrer la main longuement, et présenter ses excuses pour le spectacle donné depuis trois semaines. Scaloni n’a fait ni l’un ni l’autre. Il a pleuré pour lui-même. Et ses joueurs ont continué à frapper.
Voilà le tableau. Voilà ce que cette Argentine de Scaloni a offert au monde lors du Mondial 2026. Non pas un jeu, mais une guerre. Non pas de la compétition, mais de l’intimidation. Non pas du fair-play, mais un système organisé de brutalité physique et verbale érigé en stratégie de jeu. Et le plus grave n’est pas que ça s’est produit. Le plus grave est que ça s’est produit en toute impunité, depuis quatre ans, sous les yeux d’une FIFA qui a regardé ailleurs.
Revenons en arrière. Qatar 2022. L’Argentine remporte la Coupe du monde dans des conditions que beaucoup d’observateurs ont qualifiées d’anormales. Les simulations de Martinez en demi-finale contre la Croatie, les provocations d’avant match contre les Pays-Bas, les altercations verbales violentes après chaque match, le comportement de Paredes qui jette délibérément un ballon sur le banc néerlandais après le but de l’égalisation, déclenchant une bagarre générale. Et à la fin, la FIFA remet le trophée. Personne n’est sanctionné. Pas de leçon tirée. Pas de message envoyé. Le silence institutionnel, cette forme d’approbation passive qui dit à ceux qui regardent : vous pouvez recommencer.
Ils ont recommencé. Copa America 2024. Enzo Fernandez et ses coéquipiers entonnent depuis le bus de la victoire un chant raciste et homophobe ciblant les joueurs français d’origine africaine. La vidéo fait le tour du monde. La FIFA ouvre une enquête, inflige une sanction symbolique, et passe à autre chose. La vice-présidente argentine Victoria Villarruel qualifie les critiques de bullies colonialistes. Le président Milei renvoie le fonctionnaire qui avait osé suggérer des excuses de la part de Messi. En Argentine, c’est celui qui condamne le racisme qui est puni. Pas celui qui l’exprime.
Jeux olympiques de Paris 2024. L’équipe de football masculine argentine entre sur la pelouse de Saint-Étienne sous une pluie de sifflets du public français, directement liés à l’affaire Fernandez. Des joueurs se prennent par le bras pour entonner l’hymne national avec une ostentation qui dit moins la fierté que le défi. Pas d’excuses. Pas de geste. Pas de prise de conscience. Et pendant ce temps, des milliers de comptes argentins diffusent sur les réseaux sociaux un article diffamatoire sur Jules Koundé pour détourner l’attention de la chanson raciste. La contre-attaque par le mensonge plutôt que la réponse par l’honnêteté.
Mondial 2026. La liste des incidents s’allonge match après match avec une régularité qui dit l’habitude. Contre l’Algérie, un arbitrage contestable que le sélectionneur algérien Houssam Hassan dénonce publiquement. Contre la Suisse, la VAR annule un carton jaune argentin et le convertit en rouge pour le joueur suisse, un retournement si improbable que l’équipe helvétique entière proteste. Dan Ndoy résume ce que tout le monde pense : il y a eu deux sortes d’arbitrage ce soir. Contre l’Angleterre, Enzo Fernandez porte un coup d’avant-bras à la nuque d’Elliot Anderson à la deuxième minute et demie, sans carton. Contre l’Espagne en finale, Enzo Fernandez est finalement expulsé, mais après quatre-vingt-dix minutes de comportements que l’arbitre aurait dû sanctionner bien avant. Et après le coup de sifflet, Paredes frappe des joueurs espagnols. Au vu de tout le monde. Devant les caméras de cent pays.
La FIFA a ouvert une procédure disciplinaire. Belle initiative. On attend les sanctions avec la même sérénité que celle avec laquelle on a attendu les conséquences du Qatar 2022 et de la Copa America 2024. C’est-à-dire en sachant qu’elles viendront, qu’elles seront insuffisantes, et que dans six mois l’Argentine recommencera parce que rien dans son environnement institutionnel ne lui dit qu’elle doit s’arrêter.
L’impunité dont jouit cette sélection depuis 2022 est le vrai scandale de ce Mondial 2026. Plus que les gestes de Paredes. Plus que les chants de Fernandez. Plus que les larmes de Scaloni. Parce que les comportements individuels sont prévisibles dans un environnement qui ne les sanctionne pas. Ce que Scaloni a construit depuis 2022, c’est précisément cet environnement. Il a érigé la provocation en tactique. Il a validé l’intimidation comme méthode. Il a protégé ses joueurs de toute remise en question interne. Et jamais, en quatre ans, il n’a présenté d’excuses publiques pour quoi que ce soit. Ni après Qatar 2022. Ni après la Copa America 2024. Ni après les comportements de ce Mondial. Quand son propre capitaine lui demandait discrètement dans le bus de calmer ses joueurs, Scaloni ne prenait pas la parole publiquement pour dire que c’est inacceptable. Il laissait Messi gérer ce que lui-même aurait dû prendre en charge en tant que responsable.
L’Argentine a un esprit de guerriers. Il ne faut pas le nier. Sa culture footballistique est construite sur la résistance, la garra, l’intensité physique dans les duels. Ces qualités sont réelles. Elles ont produit des champions. Mais le football de 2026 ne se joue plus seulement avec les jambes et le cœur. Il se joue aussi avec l’image, avec l’exemple, avec ce qu’on transmet aux millions d’enfants qui regardent et qui apprennent. Et ce que cette Argentine transmet depuis quatre ans à chaque enfant qui regarde, c’est qu’on peut gagner des trophées tout en chantant des chants racistes, tout en frappant des adversaires après le coup de sifflet, tout en refusant de féliciter les vainqueurs, tout en pleurant sur soi-même plutôt que de s’incliner devant les meilleurs. Ce message-là est une catastrophe pour le football.
Il y a une question que personne ne pose officiellement mais que tout le monde se pose en privé : pourquoi la FIFA laisse-t-elle faire ? La réponse est économique et diplomatique. L’Argentine est l’une des nations de football les plus commercialement puissantes du monde. Messi est la marque la plus rentable du football planétaire. Le marché argentin et sud-américain représente des milliards en droits télévisés, en merchandising, en attractivité des compétitions. Une suspension de l’Argentine ou des sanctions fortes enverrait un signal aux marchés que la FIFA n’est pas prête à envoyer. L’impunité de l’Argentine est une décision économique habillée en silence institutionnel.
Et cette complaisance a un coût. Ce coût s’appelle l’exemple. Chaque nation qui regarde l’Argentine se comporter ainsi sans conséquences réelles note que la transgression paie. Chaque jeune entraîneur qui observe Scaloni organiser l’intimidation comme stratégie retient que ça fonctionne. Chaque joueur qui voit Paredes frapper après le coup de sifflet final et recevoir un carton rouge sans suspension immédiate conclut que les limites sont négociables.
Ce que le football doit dire à l’Argentine après ce Mondial 2026 n’est pas une condamnation morale. C’est une exigence pratique. On peut avoir la garra et le fair-play. On peut être compétitif jusqu’à la dernière seconde et respecter les adversaires au coup de sifflet final. On peut perdre une finale et avoir la grandeur d’aller féliciter les champions avant de pleurer sa propre déception. Ces choses sont compatibles. Elles sont même indissociables de ce que signifie être champion du monde dans le sens le plus élevé du terme.
Scaloni a fait de cette Argentine une machine à gagner des matchs par tous les moyens. Cette saison 2026 se termine avec une défaite. Et au-delà de la défaite sportive, avec un verdict moral que ni les médailles conquises depuis 2021 ni les larmes du 19 juillet ne peuvent effacer. Le football a une mémoire. Et il se souviendra de cette Argentine non pas comme d’une équipe qui a manqué un doublé mondial, mais comme d’une équipe qui a eu la chance de dominer le football mondial pendant quatre ans et qui a choisi d’utiliser cette domination pour abîmer le sport qu’elle prétendait honorer.
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