La rédaction | Lementor.net
La saison des pluies est là. La SODEXAM l’a dit sans détour : 1 500 millimètres de précipitations attendus pour la grande saison 2026, de mai à juillet. Un volume comparable à celui de 2025. Suffisant pour inonder des quartiers entiers, faire glisser des talus, noyer des voies de circulation et déplacer des milliers de familles si rien n’est fait à temps.
Les chiffres de 2024 restent dans les mémoires. Du 13 au 22 juin, des pluies diluviennes avaient frappé le District d’Abidjan. En deux jours seulement, 500 millimètres d’eau étaient tombés, soit 62,5% des précipitations prévues pour toute la période. Bilan : 16 010 personnes sinistrées, 3 202 ménages impactés, 24 morts, 439 familles déplacées. Cette année-là n’était pas exceptionnelle. Elle était une illustration de ce que les spécialistes répètent depuis des années : Abidjan a un problème structurel avec l’eau.
Ce problème a un nom. Il s’appelle urbanisation anarchique. Le District autonome d’Abidjan recense 176 sites officiellement classés à risque. À Yopougon, 21 sites sont répertoriés dont les secteurs GESCO et Académie Pays-Bas, exposés aux cuvettes et aux ravins. Attécoubé compte 14 sites à risque, dont Mossikro menacé par les glissements de terrain et Boribana sous les ponts. Port-Bouët, Cocody, Anyama, Koumassi — partout les mêmes constats. Des habitats précaires sur des talus instables. Des caniveaux obstrués par les ordures. Des constructions qui ont colonisé des espaces que la nature réclame quand l’eau arrive en masse.
Le gouvernement ne regarde pas. Le 2 avril 2026, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a présidé une réunion interministérielle à la Primature. Le 14 avril, le Comité interministériel de gestion des catastrophes s’est réuni au ministère de l’Intérieur sous la présidence du général Vagondo Diomandé. Le 22 avril, le Préfet d’Abidjan a mené une inspection de terrain à Cocody — quartiers Boussandougou, Kissangani, axe Belleville-Allakro, village Gobelet. Près de 1 000 ménages exposés dans ce seul secteur. Sur ces talus instables, des familles vivent depuis des années. Certains sites avaient déjà fait l’objet de déguerpissements — le village Gobelet en 2015, recolonisé progressivement depuis.
C’est là que le problème devient politique. Déguerpir des populations, c’est les reloger. Les reloger, c’est des moyens financiers et logistiques importants. Et dans une ville qui grandit plus vite que ses infrastructures, les décisions qui protègent des vies se heurtent à la pression sociale, aux intérêts fonciers, aux réseaux qui préfèrent l’inaction à la confrontation.
L’ONPC déploie son plan. Des alertes SMS seront diffusées. Des campagnes de sensibilisation sont prévues. 12 000 moniteurs répartis dans 27 commissions régionales assurent la veille de terrain. Le dispositif opérationnel est en place. Il est sérieux. Mais un système d’alerte précoce ne protège pas une famille installée sur un talus instable depuis dix ans. Il lui dit juste de partir — sans lui dire où.
Ce que la saison des pluies 2026 exige, c’est moins des réunions interministérielles que des actes visibles sur le terrain. Des caniveaux curés, des sites à risque dégagés, des familles accompagnées dans leur relocalisation. La météo ne négocie pas. Et dans les quartiers précaires d’Abidjan, les familles qui attendent la pluie ne lisent pas les communiqués officiels.
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