La rédaction | Lementor.net
Ce mercredi 22 avril 2026, une mission du Fonds monétaire international arrive à Abidjan pour conduire la sixième revue du Programme économique et financier liant la Côte d’Ivoire à l’institution depuis mai 2023. Cette visite fait directement suite aux discussions tenues le 17 avril à Washington entre le ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, et le Directeur général adjoint du FMI, Kenji Okamura, en marge des Réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale.
Pour comprendre les enjeux de cette mission, il faut rappeler l’architecture du programme en vigueur. En mai 2023, le Conseil d’administration du FMI a approuvé deux facilités complémentaires pour la Côte d’Ivoire. La première est un accord combiné associant le mécanisme élargi de crédit et la facilité élargie de crédit, d’un montant total de 2,6 milliards de DTS, soit environ 3,5 milliards de dollars, destiné à préserver la stabilité macroéconomique et à accompagner la transition vers le statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. La seconde est la Facilité pour la résilience et la durabilité, approuvée le 15 mars 2024 pour un montant de 975,6 millions de DTS, soit environ 1,3 milliard de dollars, entièrement dédiée aux réformes climatiques. Au total, l’engagement financier du FMI envers la Côte d’Ivoire dépasse 4,8 milliards de dollars sur la période 2023-2026.
Chaque revue de ce programme conditionne les décaissements suivants. La cinquième revue, conduite par une mission présente à Abidjan du 24 mars au 9 avril 2025, avait conclu à un accord au niveau des services après des discussions jugées constructives. Le chef de mission Olaf Unteroberdoerster avait alors qualifié l’économie ivoirienne de résiliente, avec une croissance attendue à plus de 6% en 2025, tirée par le rebond de la production agricole, des termes de l’échange favorables et une dynamique soutenue dans les secteurs des hydrocarbures, des mines et des services. La sixième revue de ce 22 avril 2026 s’inscrit dans cette même logique de vérification des engagements pris. Ses conclusions conditionneront les prochains décaissements, ce qui en fait une étape financièrement déterminante.
Les indicateurs que le FMI scrutera sont connus. Sur le plan budgétaire, Abidjan s’est engagée à ramener son déficit à 3% du PIB pour respecter la norme communautaire de l’UEMOA. Au premier trimestre 2026, le déficit est annoncé à 3,7% du PIB, en consolidation mais encore au-dessus de l’objectif. La mobilisation des recettes fiscales intérieures reste le chantier central : le FMI a insisté dans chacune des revues précédentes sur le fait que c’est la clé de voûte du programme. Pour 2026, le budget de l’État a été adopté à 17 350,2 milliards de FCFA à l’unanimité par la Commission des affaires économiques et financières de l’Assemblée nationale, avec une architecture axée sur la montée en charge des recettes intérieures.
Sur le volet climatique et énergétique, la mission évaluera l’avancement des réformes prévues par la Facilité pour la résilience et la durabilité. Ces réformes couvrent la taxonomie de transition climatique, le cadre de divulgation pour l’investissement privé vert, le système d’alerte précoce aux catastrophes naturelles, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’intégration du climat dans la gestion des finances publiques. Ce volet prend une dimension stratégique accrue depuis la signature, le 16 avril 2026 à Washington, du Compact du Millennium Challenge Corporation pour 322,5 millions de dollars dédié au secteur énergétique et à la connexion de 1,8 million de ménages non raccordés. Il consacre la cohérence entre les engagements climatiques pris avec le FMI et les investissements concrets désormais financés.
Le contexte macroéconomique dans lequel cette mission arrive à Abidjan est globalement favorable. La croissance ivoirienne atteint 6,6% en 2025. Le FMI projette une moyenne de 6,5% sur la période 2026-2030, avec une inflation maintenue sous les 3%. L’émission réussie d’euro-obligations en dollars et en francs CFA au premier trimestre 2026 a démontré la confiance des marchés financiers internationaux dans la trajectoire budgétaire du pays. La dette publique reste à un niveau de risque jugé modéré. L’adoption le 15 avril 2026 d’une ordonnance portant création du Fonds souverain stratégique pour le développement de la Côte d’Ivoire, destiné à atteindre 700 milliards de FCFA dès 2030 et 2 500 milliards en 2040, alimenté par une part des taxes sur l’or et le pétrole brut, s’inscrit dans la logique d’épargne à long terme que le FMI recommande aux économies émergentes.
Des défis demeurent. La pression fiscale reste en deçà des objectifs, dans un pays où le secteur informel représente une part significative de l’activité économique. La gestion des finances publiques locales et la qualité des dépenses sociales dans les régions restent des variables que le FMI surveille avec attention. Et dans un environnement mondial marqué par les incertitudes commerciales liées aux politiques douanières américaines, la dépendance du pays aux exportations de cacao, de café et de pétrole expose ses recettes extérieures à des volatilités que le programme cherche précisément à amortir.
Les conclusions de la sixième revue seront rendues publiques dans les semaines suivant la mission. Pour les partenaires financiers d’Abidjan, elles constitueront un signal fort sur la trajectoire ivoirienne à l’approche du lancement opérationnel du PND 2026-2030 et de la clôture du programme économique et financier en cours.
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