La rédaction | lementor.net
Une élimination n’est jamais une conclusion. Elle est toujours un commencement. La sortie des Éléphantes U20 des éliminatoires de la Coupe du monde féminine U20 Pologne 2026, au dernier tour face au Bénin sur un score global de 5-2, est douloureuse. Elle n’est pas une fatalité. Et pour ceux qui ont suivi de près les réformes engagées par la Fédération ivoirienne de football depuis dix-huit mois, elle n’est pas non plus une surprise totale : on ne reconstruit pas un football féminin en quelques mois. On le reconstruit en années.
La qualification pour une Coupe du monde U20 féminine est l’un des objectifs les plus exigeants du football africain. Le processus éliminatoire est impitoyable, les nations concurrentes investissent depuis bien plus longtemps dans leurs catégories de jeunes, et les écarts de niveau entre les meilleures équipes du continent et les nations en développement restent significatifs. Que la Côte d’Ivoire n’ait pas franchi ce cap ne surprend pas les connaisseurs. Ce qui change, c’est ce que la FIF a décidé de faire après avoir pris conscience de l’ampleur du chantier.
Après l’élimination de l’équipe nationale féminine A en Tanzanie, le président Yacine Idriss Diallo avait pris un engagement public et précis : rebâtir les sélections féminines à partir de la base, avec des réformes structurelles fortes. Cet engagement, il l’a tenu. Les actes sont documentés et vérifiables.
La subvention des clubs de Division 1 féminine a été multipliée par quatre, passant de 2,5 millions à 10 millions de FCFA. C’est un signal économique fort adressé aux clubs qui investissent dans la formation féminine : votre travail est reconnu, votre engagement est soutenu financièrement. Un club qui reçoit quatre fois plus de moyens peut recruter de meilleures entraîneuses, améliorer ses conditions d’entraînement et fidéliser ses joueuses plutôt que de les voir partir vers d’autres horizons faute de ressources.
Un championnat de Division 2 exclusivement réservé aux joueuses U20 a été créé. Cette décision est structurellement déterminante. Elle donne aux jeunes talents un espace de compétition régulière à leur niveau, indispensable pour développer les automatismes, la combativité et la maturité footballistique que les qualifications mondiales exigent. Une joueuse qui ne joue pas régulièrement ne progresse pas. C’est une règle universelle du sport de haut niveau. Créer ce championnat, c’est créer les conditions du progrès là où elles n’existaient pas.
La sélection nationale féminine U15 participe désormais aux compétitions de l’UFOA-B. Cela signifie que le travail de détection et de formation commence plus tôt, sur une base plus large, dans un cadre compétitif continental. Le vivier de demain se constitue aujourd’hui, dans les académies, les clubs de quartier et les écoles où des petites filles de dix à quinze ans découvrent le ballon rond.
Ces réformes ne pouvaient pas produire leurs effets en une saison. Ce serait méconnaître la nature profonde du développement sportif. Les Éléphantes U20 qui ont été éliminées à Lomé ont joué avant que toutes ces mesures n’aient eu le temps de produire leurs fruits dans les catégories inférieures. Elles ont été les premières à porter un projet en construction. Ce rôle est ingrat. Il est aussi fondateur. Elles avaient d’ailleurs prouvé leur valeur en éliminant la Gambie, le Maroc et la RDC avant de tomber sur un Bénin plus aguerri dans le dernier carré africain.
Les jeunes filles qui arrivent aujourd’hui dans les académies ivoiriennes, qui jouent en Division 2 U20, qui représentent la Côte d’Ivoire en U15 dans les compétitions de l’UFOA-B, ce sont elles qui bénéficieront pleinement de ce que la FIF construit aujourd’hui. Dans trois ans, dans cinq ans, une sélection U20 ivoirienne se présentera aux éliminatoires d’une Coupe du monde avec des bases que la génération actuelle n’avait pas. Avec des joueuses formées dans un championnat structuré, habituées à la compétition régulière, préparées par des encadreurs soutenus financièrement et techniquement.
L’élimination d’aujourd’hui est une indication, pas une condamnation. Elle dit où se trouve la Côte d’Ivoire sur la carte du football féminin africain en ce moment précis. Elle ne dit pas où elle sera dans cinq ans si les réformes engagées continuent à leur rythme. Et ce cap, la FIF l’a clairement fixé : l’avenir du football féminin ivoirien se construit aujourd’hui, dans les catégories de jeunes, avec des moyens sérieux et une vision de long terme.
Les Éléphantes méritent qu’on y croie. Elles le méritent parce qu’elles travaillent. Et le travail, tôt ou tard, finit toujours par payer.
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