Rédaction | Lementor.net
Il existe des institutions que l’on utilise sans vraiment les connaître. Des rouages discrets, techniques, souvent réduits à une case à cocher dans une procédure administrative, et dont l’importance ne se révèle pleinement que le jour où ils dysfonctionnent. Le Guichet Unique du Commerce Extérieur de Côte d’Ivoire, le GUCE-CI, est de ceux-là. Dix années d’existence, trois certifications ISO obtenues, des millions de transactions dématérialisées, et pourtant une notoriété qui reste en deçà de l’impact réel de l’institution sur l’économie ivoirienne. C’est précisément pour corriger cet écart que son directeur général, Kitifolo Kignaman-Soro, a annoncé le 8 mai dernier la création d’un forum annuel inédit : GUCE Connect.
La première édition se tiendra le 8 juin 2026 au Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan. Le thème retenu dit tout de l’ambition : la digitalisation des chaînes logistiques multimodales pour un commerce extérieur plus performant. Ce n’est pas un titre de conférence académique. C’est un programme de travail, formulé pour des gens qui ont des marchandises à faire passer des frontières, des délais à tenir et des coûts à maîtriser.
Plus de 400 participants sont attendus. Des représentants des administrations publiques, des entreprises privées de tous secteurs, des opérateurs de plateformes logistiques, des organisations spécialisées dans le commerce international. Le format mêle panels thématiques, conférences, rencontres d’affaires en format BtoB et démonstrations pratiques de la plateforme digitale du GUCE-CI. L’objectif n’est pas de produire un rapport de plus. Il est de créer un espace de rencontre régulier entre tous les acteurs de l’écosystème, pour partager les acquis, identifier les blocages et construire ensemble une feuille de route commune.
Ce que l’institution veut adresser va plus loin que la simple vulgarisation de ses outils. Le directeur des Études et du Développement, Abdoulaye Touré, l’a dit clairement lors de la conférence de presse de lancement : la dématérialisation administrative ne suffit plus. Le GUCE-CI a fait un travail remarquable pour permettre aux opérateurs économiques de réaliser leurs formalités d’import-export entièrement en ligne, sans se déplacer. Mais la vraie fluidité du commerce extérieur ne se joue pas seulement dans les formulaires. Elle se joue aux frontières terrestres, dans les ports, dans les aéroports, dans la coordination entre les systèmes communautaires régionaux et les guichets nationaux. Et là, des barrières non tarifaires subsistent, des goulets d’étranglement ralentissent les convois, des procédures parallèles se chevauchent sans se parler.
Le chantier est d’autant plus stratégique que la Côte d’Ivoire joue une partition continentale. La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, la ZLECAf, représente l’un des projets économiques les plus ambitieux du siècle sur le continent. Elle promet un marché intégré de 1,4 milliard de personnes. Mais une zone de libre-échange sans logistique fluide, sans guichets numériques interopérables, sans chaînes de traçabilité fiables, reste une ambition sur le papier. Pour que la ZLECAf produise ses effets concrets, il faut que chaque pays membre modernise ses outils commerciaux et les connecte à ceux de ses voisins. C’est exactement ce que GUCE Connect entend contribuer à construire, en positionnant Abidjan comme le lieu de réflexion et de convergence de cette transformation.
Pour le GUCE-CI lui-même, ce forum marque une inflexion dans son histoire. L’institution fête ses dix ans depuis juin 2025. Une décennie qui l’a transformée d’un guichet administratif en une interface numérique centrale entre les opérateurs économiques, les banques, les administrations et les partenaires techniques. Les certifications ISO 22301 et les autres distinctions obtenues traduisent une exigence de qualité que peu d’institutions publiques africaines peuvent revendiquer. Créer un forum annuel, c’est passer d’une logique de prestataire de services à une logique d’acteur de l’écosystème, capable d’initier le débat et de fédérer les parties prenantes autour d’une vision commune.
Le rendez-vous du 8 juin sera aussi un signal envoyé à l’extérieur. Il dira aux partenaires régionaux et internationaux qu’Abidjan n’est pas seulement un hub portuaire et financier, mais aussi un hub intellectuel du commerce africain, capable d’accueillir les débats qui dessinent le commerce de demain. Dans un continent où la course à la modernisation logistique est engagée sur plusieurs fronts, être le premier à organiser ce type de forum n’est pas un détail. C’est une déclaration de positionnement.
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