Rédaction | Lementor.net
Dans sept jours, Brazzaville deviendra la capitale économique du continent. Du 25 au 29 mai 2026, le Centre international de conférences de Kintélé accueillera les 61e Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement. Plus de 3 000 participants sont attendus : chefs d’État, ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales des 81 pays membres, dirigeants d’institutions financières, représentants du secteur privé et de la société civile. C’est le plus grand rendez-vous économique et financier du continent africain, et l’édition 2026 s’annonce particulièrement chargée de sens.
Le thème choisi dit tout du contexte : « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté. » Chaque mot compte. Mobiliser, parce que les ressources existent mais ne convergent pas. À grande échelle, parce que les besoins sont colossaux. Dans un monde fragmenté, parce que le retrait progressif de l’aide publique au développement occidentale, les tensions géopolitiques mondiales et la montée des logiques de blocs compliquent chaque équation financière.
Le chiffre central de ces Assemblées tient en un nombre : 1 300 milliards de dollars. C’est ce que l’Afrique doit mobiliser annuellement pour atteindre ses Objectifs de développement durable, financer ses infrastructures, absorber les chocs climatiques et répondre à la pression démographique d’une population qui doublera d’ici 2050. Face à cet abîme, Kevin Urama, économiste en chef de la BAD, a posé la question qui structure toute la réflexion de Brazzaville avec une franchise rare : « Ce n’est pas une question du montant que vous mobilisez, mais de comment vous déployez ces ressources. » L’Afrique n’est pas pauvre en capital. Elle est pauvre en mécanismes pour transformer ce capital en développement réel.
C’est précisément pour répondre à ce paradoxe que le nouveau président de la BAD, Sidi Ould Tah, qui tient là sa première Assemblée annuelle depuis sa prise de fonctions en septembre 2025, a lancé en avril dernier à Abidjan, sous le parrainage du président Ouattara, la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement, la NAFAD. L’initiative, qui a débouché sur le Consensus d’Abidjan, ambitionne de fédérer toutes les institutions financières de développement du continent, des banques régionales aux fonds souverains, autour de quatre principes : subsidiarité, complémentarité, coordination et transformation. L’objectif n’est pas de remplacer la BAD mais de démultiplier l’effet de levier de chaque dollar investi en faisant travailler ensemble des institutions qui s’ignoraient jusqu’ici.
Le programme de Brazzaville est dense. Outre les séances statutaires du Conseil des gouverneurs, quatre événements du savoir structureront les débats : mobilisation des capitaux pour une croissance inclusive, renforcement des systèmes financiers africains, dividende démographique et exploitation de la richesse verte du continent. Ce dernier thème est particulièrement stratégique pour le Congo-Brazzaville, qui accueille ces Assemblées pour la deuxième fois seulement depuis 1964. Denis Sassou-Nguesso porte depuis des années la question du Bassin du Congo et de la finance climatique sur la scène internationale. Ces Assemblées lui offrent une tribune inespérée pour inscrire ces enjeux dans l’agenda de financement de la BAD.
Pour la Côte d’Ivoire, dont la BAD siège à Abidjan et qui figure parmi les bénéficiaires les plus importants des financements de l’institution sur le continent, Brazzaville sera un moment d’attention soutenue. La 6e revue du programme économique ivoirien validée avec le FMI, la note améliorée de Bloomfield, le Plan National de Développement 2026-2030 fraîchement adopté : autant d’atouts que la délégation ivoirienne portera dans les discussions bilatérales en marge des plénières. Car c’est souvent là, dans les couloirs et les réunions à huis clos, que se décident les engagements qui financent les routes, les hôpitaux et les réseaux électriques du continent.
Une donnée mérite d’être soulignée avant que le rideau se lève à Kintélé : en 2026, le taux de croissance du continent africain devrait dépasser 4,2%, au-dessus de la moyenne mondiale. Vingt pays africains affichaient des taux supérieurs à 5% à fin 2025. La trajectoire est là. La question qui se posera à Brazzaville n’est donc pas de savoir si l’Afrique peut croître. Elle est de savoir si elle peut financer cette croissance avec ses propres ressources, dans ses propres conditions, selon ses propres priorités.
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