Rédaction | Lementor.net
La presse ivoirienne de ce lundi matin parle de football, de politique et d’un président en déplacement. Trois sujets qui n’ont rien en commun, si ce n’est qu’ils disent tous les trois quelque chose de l’état du pays en ce début de semaine.
Le fait sportif qui domine toutes les conversations n’est pas la performance des Éléphanteaux en CAN U17, ni la liste de Faé pour le Mondial. C’est ce qui s’est passé dimanche à Yamoussoukro lors de la 29e journée de Ligue 1, entre l’OSA et l’AFAD du Plateau. Le score final affiché dans les colonnes de tous les médias sportifs est 8-0 en faveur de l’AFAD, et ce résultat fleuve cache une réalité bien plus préoccupante que le simple écart de buts.
À la pause, l’OSA, en désaccord total avec un penalty accordé par l’arbitre et jugé inexistant par ses joueurs, a décidé de ne plus véritablement disputer la seconde période. Les footballeurs ont visiblement renoncé à jouer, livrant une équipe fantôme à un adversaire qui a profité de la situation pour alourdir le score. Huit buts, une démission collective, un arbitre au cœur d’une polémique qui n’est pas nouvelle. Ce n’est pas la première fois que l’arbitrage ivoirien provoque des incidents de cet ordre. Mais la visibilité de l’épisode de Yamoussoukro, survenu lors d’une journée suivie de près en raison du contexte pré-Mondial, lui donne une résonance particulière. La FIF, qui vient précisément d’installer un Tribunal du Football et qui prône la modernisation de la gouvernance du championnat, devra se prononcer sur cet incident avec la clarté que la situation exige.
Côté sélection nationale, le quotidien sportif SuperSport s’intéresse au grain de sable dans la liste d’Emerse Faé. Deux noms circulent avec inquiétude : Evan N’Dicka, le défenseur central de la Roma et pilier de la charnière des Éléphants, et Clément Akpa, tous deux touchés par des pépins physiques à quelques semaines d’un Mondial. La Côte d’Ivoire affronte l’Équateur le 14 juin. Le temps est compté et les marges de manœuvre pour préparer une défense solide dépendent en grande partie de la disponibilité de ces joueurs.
Sur le plan politique, le président Ouattara est absent d’Abidjan. Après sa participation au sommet AfricaForward à Nairobi au début du mois, il a poursuivi son déplacement en direction de la France, selon le journal L’Arc-en-ciel. Cette absence du chef de l’État, fût-elle de courte durée, laisse le champ libre à une opposition qui n’a pas chômé ce week-end.
Le PPA-CI de Laurent Gbagbo a tenu sa Fête de la Renaissance à Songon M’Brathé ce samedi. Le FPI de Pascal Affi N’Guessan a organisé de son côté sa Fête de la Liberté. Deux rassemblements distincts, deux partis qui ne se parlent pas toujours mais qui partagent la même grille de lecture du pouvoir Ouattara. Le Quotidien d’Abidjan titre ce matin : « Gbagbo sort de son silence et parle fort. » Une formule qui mérite vérification, tant Laurent Gbagbo n’a jamais vraiment été silencieux ces dernières semaines, entre le congrès disciplinaire et les sanctions qui ont secoué son parti.
Ce qui est peut-être plus intéressant que les discours individuels, c’est l’appel lancé par l’ex-députée de Divo, Yvonne Abanné Bouabré, repris par notre Voie. Elle demande une union des leaders de l’opposition : Laurent Gbagbo, Pascal Affi N’Guessan, Tidjane Thiam du PDCI et Assalé Tiémoko Antoine. Quatre noms, quatre formations, quatre égos politiques et quatre histoires qui n’ont pas toujours été compatibles. L’appel est ancien dans sa logique, inédit dans sa formulation aussi directe. Que les principaux intéressés l’entendent ou non sera l’un des indicateurs de la maturité de l’opposition ivoirienne à l’approche des prochaines échéances.
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