La Rédaction | Lementor.net
Ils ont douze ans, parfois dix, parfois moins. Ils ont un téléphone, un accès au réseau mobile et des comptes sur Instagram, TikTok, Facebook, Snapchat. Personne ne leur a demandé leur âge. Les plateformes ne le vérifient pas sérieusement. Et le contenu qu’ils consomment, qu’ils produisent ou auquel ils sont exposés n’a pas été pensé pour eux. La Côte d’Ivoire compte plus de 15 millions d’internautes. Une proportion croissante d’entre eux sont mineurs. Et jusqu’à présent, le cadre de protection de ces jeunes utilisateurs dans l’espace numérique était insuffisant, épars, peu coordonné.
La table ronde organisée le 13 mai 2026 à Abidjan-Plateau par la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle et Meta marque un changement de posture. Pour la première fois, cinq ministères ivoiriens, ceux de la Femme, de l’Intérieur, de la Communication, de la Transition numérique et de la Famille, se sont assis autour d’une même table avec le régulateur audiovisuel, des experts du numérique, des représentants de la société civile et les équipes techniques de Meta pour parler concrètement de ce que l’on fait des enfants ivoiriens dans l’espace numérique.
René Bourgoin, président de la HACA, a ouvert les travaux en posant le cadre sans détour : construire un environnement numérique plus sûr pour les jeunes n’est pas une option. C’est une urgence. Les risques liés à l’exposition des enfants sur les réseaux sociaux sont documentés et multiples. Contenus violents ou sexuellement explicites accessibles sans filtre efficace. Cyberharcèlement entre pairs. Manipulation par des adultes malveillants. Addiction aux écrans. Exposition à des discours extrémistes ou à de la désinformation. Ces risques ne sont pas théoriques. Ils se produisent chaque jour, dans les chambres des enfants ivoiriens, souvent à l’insu de leurs parents.
De son côté, Balkissa Idé Siddo, directrice des politiques publiques pour l’Afrique chez Meta, a présenté les outils que le groupe a déployés sur ses plateformes pour répondre à ces enjeux. Des fonctionnalités de contrôle parental, des restrictions d’accès à certains contenus pour les comptes déclarés mineurs, des systèmes de signalement simplifiés. Ces outils existent. Ils ne sont pas inutiles. Mais leur efficacité dépend d’abord de leur activation par les parents ou les tuteurs, et ensuite de la fiabilité des déclarations d’âge que les jeunes eux-mêmes fournissent à l’inscription. Deux conditions qui, dans le contexte ivoirien comme ailleurs, ne sont pas toujours réunies.
Ce que la table ronde a mis en lumière, c’est que la protection des mineurs en ligne ne peut pas reposer uniquement sur les outils techniques des plateformes. Elle nécessite une convergence entre la régulation nationale, les politiques éducatives, les dispositifs familiaux et la responsabilité des entreprises technologiques. En impliquant le ministère de l’Éducation nationale dans la réflexion, la HACA pose les bases d’une approche cohérente où les enseignants deviennent également des acteurs de la sensibilisation numérique, et où les établissements scolaires peuvent relayer les messages de prévention auprès des élèves et de leurs familles.
La Côte d’Ivoire dispose d’un arsenal juridique qui commence à se structurer autour de ces enjeux. La loi sur la cybercriminalité, le cadre de la protection des données personnelles issu du RAPDP et les prérogatives de la HACA en matière de régulation des contenus constituent des fondations. Ce qui manquait jusqu’ici, c’était une coordination effective entre ces différentes pièces et une présence active des plateformes numériques dans les discussions nationales. Cette table ronde est un premier pas vers cette coordination. La HACA a annoncé qu’elle entendait intensifier ses actions de prévention et de sensibilisation dans les mois à venir. Les prochaines étapes diront si cet engagement se traduit en programme concret ou reste au stade des bonnes intentions.
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