La Rédaction | Lementor.net
Il a été radié du PPA-CI le 15 mai. Son nom a été prononcé au premier congrès ordinaire du parti de Laurent Gbagbo comme celui d’un homme dont la désobéissance ne pouvait plus être tolérée. Cinq jours plus tard, Ahoua Don Mello est de retour dans l’espace public. Pas pour contester sa radiation, pas pour en appeler à la clémence de la direction du parti. Pour réclamer un audit technique sur la panne électrique qui a paralysé l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan le 17 mai 2026.
Le geste est calculé. Il faut le lire pour ce qu’il est.
La coupure d’électricité qui a affecté les installations de la société AERIA pendant plusieurs heures le samedi 17 mai a semé la pagaille dans l’un des hubs aériens les plus fréquentés d’Afrique de l’Ouest. Des vols retardés, des systèmes de navigation et de contrôle temporairement hors service, des passagers bloqués dans des terminaux sans information claire. L’incident a été résolu et les systèmes ont été rétablis, mais sa gravité potentielle dans un environnement aéroportuaire a frappé les esprits.
Ahoua Don Mello réclame une enquête et un audit technique. Il ne parle pas en tant que militant du PPA-CI, puisqu’il n’en fait plus partie. Il parle en ingénieur des ponts et chaussées, en ancien directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement, le BNETD, l’institution qui a présidé à la maîtrise d’œuvre de dizaines de grands projets d’infrastructure en Côte d’Ivoire. Il parle avec l’autorité de quelqu’un qui a passé une carrière entière à penser la résilience des systèmes techniques critiques. Et quand un homme de cette compétence-là dit qu’un incident de ce type mérite un audit sérieux, ce n’est pas un commentaire politique. C’est un avis d’expert.
Mais ce serait naïf de ne pas voir également la dimension politique de la sortie. Don Mello est un homme qui vient d’être exclu de la principale formation de l’opposition ivoirienne après vingt ans de compagnonnage avec Laurent Gbagbo. Il aurait pu se retirer dans le silence pendant quelques semaines, laisser la poussière retomber, réapparaître progressivement. Il a choisi de ne pas attendre. En se saisissant d’un sujet technique d’intérêt public, il signifie plusieurs choses simultanément. Qu’il est toujours là. Qu’il a encore une parole légitime dans le débat public, indépendamment de son appartenance partisane. Et que son exclusion du PPA-CI ne le réduit pas au silence.
C’est le profil de Don Mello dans toute sa complexité. Homme de dossiers autant qu’homme politique. Technicien reconnu dans un milieu où la technicité est souvent un vernis. Quelqu’un qui sait que la crédibilité d’un opposant exclu se maintient dans la durée par la qualité des positions prises, pas par les déclarations de victimisation.
L’aéroport d’Abidjan est une infrastructure stratégique. Une panne de ce type, même résolue, pose des questions sur la redondance des systèmes d’alimentation électrique, sur les protocoles de secours et sur les niveaux de maintenance préventive. Ces questions méritent effectivement des réponses. Qu’elles soient posées par un homme fraîchement exclu d’un parti ne les rend pas moins pertinentes. Et c’est peut-être là le message principal qu’Ahoua Don Mello envoie à tous ceux qui pensaient que sa radiation signifiait sa disparition de la scène.
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