La rédaction | Lementor.net
Analyse critique, faits et textes à l’appui, du communiqué du Secrétaire Exécutif du 18 mai 2026
Le communiqué publié le 18 mai 2026 par le Secrétaire Exécutif du RHDP, Ibrahim Cissé Bacongo, ouvre officiellement le dépôt de candidatures pour le remplacement de 37 Secrétaires Départementaux « déclarés défaillants, décédés ou ayant adopté des comportements contraires aux valeurs, aux principes et à la discipline du RHDP ». Ce texte n’est pas un acte administratif isolé. Il est l’aboutissement d’une séquence que les sources et les textes permettent de reconstituer avec précision — et cette séquence révèle quatre problèmes que les militants du RHDP sont en droit de soumettre à leur direction.
I. Ce que disent les textes : le Secrétaire Départemental est un élu, pas un nommé
Les statuts du RHDP, adoptés lors du 1er Congrès ordinaire des 25 et 26 janvier 2019 à Abidjan, sont sans équivoque. L’article 6 affirme que « tout militant du RHDP a le droit de prendre part aux opérations de vote organisées en vue de la désignation des responsables des différentes instances du Parti » et que « tout militant du RHDP est éligible aux différents postes électifs à pourvoir dans les différentes instances du Parti ».
Ce principe a été solennellement mis en application en 2022. Lors de sa 7e réunion de travail, le Directoire avait lui-même affirmé : « le Département Politique sera administré par un Secrétaire Départemental élu ». Le Président du Directoire Gilbert Koné Kafana avait été plus explicite encore lors de la grande réunion d’information du 20 juin 2022 : « C’est pour lui donner une forte légitimité, c’est pour qu’il soit une courroie de transmission efficace entre le sommet et la base que nous avons proposé que le secrétaire départemental soit élu par la base. »
Ces 350 Secrétaires Départementaux ont été élus le 23 juillet 2022 au scrutin uninominal à un tour, investis solennellement par le Président Alassane Ouattara le 12 septembre 2022 au Sofitel Hôtel Ivoire, lors d’une réunion du Conseil politique du parti.
Ce sont donc des élus, au plein sens du terme interne. La question fondamentale s’impose : comment peut-on remplacer des élus sans organiser de nouvelles élections ?
II. 2022 contre 2026 : la démonstration comparée d’un recul démocratique
C’est ici que les faits deviennent accablants. Il ne s’agit plus d’opinions — il s’agit de comparer deux listes de critères, point par point.
Le dossier de candidature en 2022 comprenait :
- La carte de militant en cours de validité
- Une caution de 500.000 FCFA (ramenée à 200.000 FCFA à la veille du scrutin, face aux difficultés des candidats)
- Un CV politique du candidat
- Une lettre de motivation
- Une liste de 6 candidats — car on candidatait en équipe, pas seul
- La liste des électeurs du département politique, à retirer obligatoirement auprès du Secrétariat National chargé de l’Organisation
Le dossier de candidature en 2026 exige :
- La carte de militant en cours de validité
- Une demande manuscrite adressée au Secrétaire Exécutif
- Une preuve du militantisme actif
- La qualité de Secrétaire de Zone ou de membre d’un organe du parti
- Un certificat de résidence de moins de trois mois
- Une photocopie de la CNI attestant 25 ans révolus (contre 21 ans en 2022)
La comparaison n’est pas formelle. Elle est structurelle et révèle trois régressions majeures.
Première régression : de l’élection à la sélection. En 2022, on candidatait en liste de 6 personnes, en compétition ouverte avec d’autres listes. 500 équipes s’étaient lancées à l’assaut des 349 postes disponibles. Il y avait une campagne officielle de 5 jours, des bulletins de vote, des bureaux de scrutin, une liste électorale, des résultats contestables et contestés. C’était une élection, avec tout ce que cela implique de vivant, de conflictuel et de légitime. En 2026, le candidat dépose seul un dossier à la permanence du Secrétaire Exécutif à Cocody. Nul vote, nulle campagne, nul contradicteur. La forme électorale a intégralement disparu.
Deuxième régression : la suppression de la liste électorale locale. En 2022, la liste des électeurs du département était une pièce maîtresse du dispositif — elle était retirée auprès du Secrétariat National et constituait le corps électoral légitimant le futur élu. Des candidats avaient même dénoncé des tentatives de manipulation de cette liste à Dabou, preuve qu’elle avait une valeur réelle et des enjeux concrets. En 2026, cette liste a disparu. La condition d’inscription sur la liste électorale locale — garantie concrète d’ancrage territorial — est remplacée par un certificat de résidence de 3 mois, plus facile à produire depuis n’importe où.
Troisième régression : le CV politique supprimé, remplacé par un filtre hiérarchique. En 2022, le CV politique permettait d’évaluer le parcours du candidat dans la vie du parti. En 2026, cette exigence de fond disparaît et est remplacée par la condition d’être « Secrétaire de Zone ou membre d’un organe du parti ». Ce n’est plus une évaluation de la valeur militante — c’est un filtre de position hiérarchique. Il ne suffit plus d’être un bon militant implanté localement ; il faut déjà appartenir aux cercles reconnus par la direction centrale. Ce critère, absent des statuts de 2019, n’a été fixé par aucune instance souveraine du parti. Il a été établi discrétionnairement, par voie de circulaire du Secrétaire Exécutif.
En résumé : en 2022, n’importe quel militant actif de 21 ans, inscrit dans son département et capable de constituer une liste de 6 personnes, pouvait briguer le poste. En 2026, il faut avoir 25 ans, résider depuis moins de 3 mois (condition formelle et facilement contournable), et déjà occuper une fonction dans l’appareil. Le vivier s’est mécaniquement rétréci — et il s’est rétréci exactement dans la direction qui favorise les profils proches de la direction centrale.
III. L’amalgame des motifs : une confusion qui profite à qui ?
Le communiqué du 18 mai 2026 regroupe sous un même processus de remplacement des situations radicalement différentes dans leur nature et leur légitimité. La 33e réunion du Directoire du 13 mai 2026 avait détaillé le bilan : 8 décès, 3 indisponibilités, 14 cas d’indiscipline et 12 cas de rendement insuffisant.
Mettre dans le même sac un Secrétaire décédé et un Secrétaire sanctionné pour avoir soutenu un candidat indépendant aux législatives de décembre 2025, c’est utiliser des motifs incontestables — la disparition, l’empêchement physique — pour faire passer en contrebande des limogeages politiques qui, eux, exigent une procédure contradictoire, une défense, une décision disciplinaire formelle.
Or, les statuts du RHDP (Titre V du Règlement Intérieur : Procédures disciplinaires) sont précis. Les articles 35 et 36 établissent une gradation : avertissement, blâme, suspension, exclusion temporaire ou définitive. Ces sanctions « seront prononcées conformément à la procédure définie par le Règlement Intérieur ». En octobre 2023, lorsque 332 militants avaient été sanctionnés pour candidatures indépendantes aux locales, la décision du Directoire « siégeant en formation de Conseil de discipline » citait explicitement l’article 16 des statuts et détaillait les catégories de sanctions. C’était insuffisant, mais il y avait au moins une forme de référence procédurale.
En 2026, le communiqué du 18 mai n’indique aucune décision disciplinaire formelle publiée, aucune procédure contradictoire documentée, aucun organe de discipline ayant officiellement statué. Les Secrétaires « défaillants » sont simplement listés dans la presse du parti — sans que leurs noms apparaissent, certes, mais sans que leur droit à se défendre soit mentionné non plus.
Et pour cause : lors de cette même 33e réunion du 13 mai 2026, le Directoire a annoncé la création du Conseil des sages et de médiation, de l’Inspection générale, du Conseil de discipline et du Conseil de l’ordre. Ces organes n’existaient pas formellement avant cette date. On a donc prononcé des sanctions pour « indiscipline » et « rendement insuffisant » avant même que les organes chargés de prononcer ces sanctions soient constitués. L’ordre logique — d’abord les instances, ensuite les procédures, ensuite les décisions — a été inversé. Ce n’est pas de la rigueur. C’est de l’arbitraire habillé en gestion.
IV. La chronologie accablante : le congrès comme décor
Voici la séquence telle que les faits l’établissent :
- Juillet 2022 : Élection de 350 Secrétaires Départementaux au scrutin direct, 500 listes pour 349 postes.
- 12 septembre 2022 : Investiture solennelle par le Président Ouattara.
- Décembre 2025 : Élections législatives. 176 cadres et militants font acte de candidature indépendante.
- 20-21 juin 2025 : 2e Congrès ordinaire du RHDP. Alassane Ouattara est désigné candidat pour la présidentielle d’octobre 2025. Le congrès recompose les organes du parti — sans traiter publiquement la question des Secrétaires Départementaux défaillants, pourtant déjà identifiés.
- 24 mars 2026 (32e réunion du Directoire) : Décision de remplacer 43 Secrétaires Départementaux pour défaillance, indiscipline, indisponibilité ou décès. Le Secrétaire Exécutif est mandaté pour préparer un calendrier.
- 13 mai 2026 (33e réunion du Directoire) : Bilan précisé — 8 décès, 3 indisponibilités, 14 indisciplines, 12 insuffisances de résultats. Création simultanée des nouveaux organes disciplinaires. Instruction donnée au Secrétaire Exécutif de « combler rapidement ces défaillances ».
- 18 mai 2026 : Communiqué du Secrétaire Exécutif ouvrant les candidatures pour 37 postes, sans vote, sans liste électorale, avec des critères remaniés.
Ce calendrier révèle quelque chose d’essentiel : la décision de remplacer les Secrétaires Départementaux élus a été prise en mars 2026, soit neuf mois après le congrès de juin 2025. Ce congrès — instance souveraine du parti — ne semble pas avoir traité cette question, pourtant connue. La défaillance de plusieurs Secrétaires était identifiable dès les législatives de décembre 2025. Les délégués réunis en congrès auraient pu, auraient dû, se prononcer sur le sort de leurs représentants de base. Ils ne l’ont pas fait — ou on ne leur a pas soumis la question.
Un congrès qui ne règle pas les problèmes de gouvernance interne que le parti connaît n’est pas un congrès souverain. C’est une cérémonie.
V. Qui décide, en fin de compte ?
Le communiqué du 18 mai 2026 indique que les dossiers sont à déposer à la permanence mise en place par le Secrétaire Exécutif au siège du parti, ou auprès des Coordinations Régionales. Il ne précise pas qui sélectionne les candidats retenus, selon quels critères de sélection finale, ni quelle instance valide la désignation.
Cette opacité n’est pas anodine. En 2022, la réponse était claire : c’était la base militante du département, par un scrutin le jour J, qui tranchait. Le résultat était connu le soir même — à Bongouanou, la liste « Rassemblement-paix-solidarité » avait obtenu 217 voix contre 212 à la liste adverse. Cette marge de 5 voix dit tout de la vitalité démocratique que le processus avait su générer.
En 2026, la réponse à la question « qui décide ? » est : le Secrétaire Exécutif reçoit les dossiers. Et après ? Le silence du communiqué est lui-même une réponse — le pouvoir de désignation a migré de la base vers le centre, sans que cette migration soit expliquée, justifiée, ni soumise au vote des militants concernés.
C’est cela, en définitive, que les militants de Bangolo, de Sipilou, de Yopougon ou de Tabou ont le droit de nommer : non pas une gestion, mais une reprise en main.
Conclusion : Le RHDP applique à lui-même ce qu’il combat en politique
Le RHDP est le parti qui a inscrit dans ses statuts la lutte contre « toutes formes d’inégalité, d’exclusion, d’arbitraire, d’exploitation et d’aliénation ». Il est le parti qui, en 2022, avait fait de l’élection des Secrétaires Départementaux « un grand moment de démocratie ». Il est aujourd’hui le parti qui remplace ces mêmes élus par un processus sans vote, sans liste électorale, sans procédure disciplinaire publiée, avec des critères modifiés par circulaire, en s’appuyant sur des organes de discipline créés après les faits.
Les militants ont le droit d’exiger des réponses à quatre questions précises :
Premièrement, pourquoi les 14 Secrétaires sanctionnés pour « indiscipline » et les 12 pour « rendement insuffisant » n’ont-ils pas bénéficié d’une procédure contradictoire devant le Conseil de discipline — organe qui, selon le communiqué de la 33e réunion du Directoire, n’existait pas encore ?
Deuxièmement, pourquoi la question des Secrétaires Départementaux défaillants n’a-t-elle pas été soumise aux délégués lors du congrès de juin 2025, qui avait précisément la légitimité pour trancher ?
Troisièmement, pourquoi le processus de remplacement n’organise-t-il pas un scrutin dans les départements politiques concernés, comme en 2022, conformément au principe d’élection par la base solennellement affirmé par le Directoire lui-même ?
Quatrièmement, qui, au-delà du Secrétaire Exécutif, valide les candidatures retenues — et selon quelle procédure transparente ?
Un parti fort n’est pas un parti qui remplace ses élus par décret. C’est un parti qui respecte ses propres textes, assume ses contradictions devant ses militants, et traite la base comme un corps politique souverain — pas comme une variable d’ajustement.
Sources : Statuts et Règlement Intérieur du RHDP, 1er Congrès ordinaire, Abidjan, 25-26 janvier 2019 ; Communiqués des 7e, 32e et 33e réunions du Directoire du RHDP ; AIP, 21 juin 2022 et 13 septembre 2022 ; Abidjan.net, 21 juin et 12 septembre 2022 ; Linfodrome, 18-23 juillet 2022 ; KOACI, 10 octobre 2023 ; Le Mandat Express, 24 mars 2026, 11 et 14 mai 2026 ; Afrik Soir, 25 mars 2026 ; NordSud.info, 13 mai 2026 ; Communiqué du Secrétaire Exécutif du RHDP, 18 mai 2026.
Leave a comment