La Rédaction | Lementor.net
Il était 5h51 du matin. Le quartier Soweto de Koumassi dormait encore quand le fracas a tout réveillé. Un immeuble R+4 en construction s’est effondré d’un seul coup, derrière l’hôtel Belem, dans l’une des communes les plus denses d’Abidjan. Les sapeurs-pompiers militaires ont été alertés à 5h55. Quatre minutes après le bruit. À l’heure où ces lignes sont écrites, le bilan est de huit morts extraits des décombres par les équipes de secours et les unités cynophiles toujours engagées sur le site. Les autorités craignent que le chiffre continue d’augmenter.
Ce qui rend ce drame particulièrement accablant, c’est un détail que les communiqués officiels ont mentionné sans s’y attarder : les deux premiers niveaux du bâtiment étaient déjà habités au moment de l’effondrement. Un immeuble en construction, donc non réceptionné, non contrôlé, non conforme aux normes d’habitabilité, était occupé. Des familles dormaient dans des étages inachevés pendant que les ouvriers continuaient à bâtir les niveaux supérieurs. C’est dans cette configuration précise que la structure a cédé.
Le ministre de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de vie, Moussa Sanogo, s’est rendu sur place dans la journée du 23 mai. Il a salué le professionnalisme des secours. Il a appelé à renforcer les contrôles. Il a insisté sur les risques d’effondrement propres à la saison des pluies. Par mesure de précaution, un immeuble voisin fragilisé par le choc a été évacué. Ces mesures d’urgence sont nécessaires. Elles ne répondent pas à la question fondamentale que Koumassi Soweto pose une fois de plus : comment un immeuble en construction peut-il être habité sans que personne ne soit intervenu ?
Ce n’est pas la première fois. En avril dernier, un immeuble s’était effondré à Odienné, faisant un mort et sept blessés graves. L’année précédente, des drames similaires avaient frappé d’autres communes d’Abidjan. Le problème n’est pas conjoncturel. Il est structurel et il a un nom : la construction anarchique dans les quartiers populaires d’Abidjan, alimentée par la pression démographique, la spéculation foncière, l’insuffisance des contrôles et l’occupation précoce des bâtiments inachevés par des locataires que les propriétaires pressent de rentabiliser leurs investissements avant même la fin des travaux.
Le gouvernement a annoncé des brigades de contrôle renforcées. Ces brigades existent sur le papier depuis des années. Ce matin à Koumassi Soweto, huit familles pleurent leurs morts pendant que des opérateurs continuent ailleurs dans la ville à faire construire des immeubles que d’autres habitent avant que le ciment ne soit sec. Moussa Sanogo a raison de vouloir des investigations rapides. Il a raison de parler de renforcement des contrôles. Mais le Sénégal, le Nigeria, le Ghana ont vécu les mêmes tragédies avec les mêmes discours d’après-catastrophe. Ce qui fait la différence entre un gouvernement qui gère et un gouvernement qui prévient, c’est ce qui se passe entre les drames, pas pendant.
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