Par La Rédaction | Lementor.net
Deux mois après la dissolution de la CEI, la question de la gouvernance électorale continue de diviser profondément la classe politique ivoirienne. La décision du gouvernement de transmettre directement le projet de réforme au Parlement, dominé par le RHDP à 77 % des sièges, est au cœur d’une polémique qui dit moins un désaccord sur le fond de la réforme qu’un désaccord de méthode dont les conséquences politiques peuvent être considérables.
L’opposition lit dans cette saisine directe du Parlement une volonté d’accélérer le processus sans associer suffisamment les autres forces politiques. Le Nouveau Réveil plaide pour un dialogue inclusif et estime que le pouvoir doit prendre ses responsabilités en privilégiant la concertation avant toute décision définitive. La référence à l’ancien préfet Vincent Toh Bi, qui rappelle les difficultés historiques rencontrées par les différentes structures électorales ivoiriennes depuis la COSUR jusqu’à la CEI, dit que cette mémoire des échecs passés doit informer les choix présents. Le Temps, La Voie Originale et Notre Voie font écho à ces critiques avec une intensité croissante, ce dernier estimant que l’adoption du texte dans ces conditions pourrait accentuer les tensions politiques et faire peser un risque sur la stabilité du pays.
Les journaux proches du pouvoir répondent avec une fermeté qui ne laisse pas de place au compromis apparent. Abidjan 24 parle de chantage politique. Le Patriote qualifie les réactions de l’opposition d’enfantillages. L’Expression rappelle le boycott des dernières législatives par certains partis d’opposition et en tire une conclusion logique : ceux qui ont refusé de jouer le jeu des urnes ne peuvent pas maintenant exiger d’être consultés sur les règles de ces mêmes urnes. Cette dialectique est politiquement efficace. Elle est analytiquement insuffisante, car la qualité d’un système électoral ne se mesure pas à la participation de ceux qui le contestent mais à sa capacité à produire des résultats acceptés par tous.
La libération de plusieurs figures proches du PPA-CI dont Gala Kolébi, Moïse Lida Kouassi et Ibrahim Zigui change partiellement l’atmosphère. Le Quotidien d’Abidjan salue un vent nouveau. Le Nouveau Réveil considère ces libérations comme une première étape en estimant que le processus de décrispation doit aller plus loin. La Voie Originale attire l’attention sur l’état de santé préoccupant de Lida Kouassi après onze mois de détention. Ce signal d’apaisement, bienvenu dans sa principe, ne résout pas la question centrale : peut-on construire une réforme électorale crédible sans un dialogue politique qui associe l’ensemble des forces significatives du pays, y compris celles dont les leaders sont récemment sortis de prison ?
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