La Rédaction | Lementor.net
La semaine s’est terminée sur une information que les chancelleries africaines ont reçue avec une inquiétude qu’elles ne montrent pas toutes publiquement. Africa CDC a élargi à dix pays la liste des États africains menacés par la progression de l’épidémie d’Ebola Bundibugyo qui sévit depuis le 15 mai dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu en République démocratique du Congo. Dix pays. Dont plusieurs d’Afrique de l’Ouest. Dont la Côte d’Ivoire, dont les frontières nord absorbent déjà les flux de déplacés maliens.
L’Ouganda a réagi le premier avec une mesure concrète qui dit mieux que tout discours officiel l’état de la menace : suspension des transports publics à destination de la RDC. Quand un pays qui partage une longue frontière avec la zone d’épidémie décide de couper ses liaisons de transport, c’est que les épidémiologistes ont identifié des risques de franchissement que les contrôles sanitaires aux postes frontières ne peuvent pas garantir à 100%.
Mais c’est de l’autre côté de l’Atlantique que la décision la plus symboliquement chargée est tombée. Les États-Unis ont imposé une bulle sanitaire Ebola à la délégation de République démocratique du Congo pour la Coupe du Monde 2026. Les joueurs congolais qualifiés pour le Mondial devront se soumettre à un protocole sanitaire renforcé, des tests répétés, un suivi médical étroit, avant d’être autorisés à participer à la compétition. La mesure est compréhensible d’un point de vue de santé publique. Elle est humiliante d’un point de vue symbolique pour une nation dont les joueurs ne sont pas malades et dont la responsabilité dans l’épidémie se limite à partager la nationalité du pays où elle circule.
Ce qui aggrave la situation générale, c’est la vitesse de la progression. Au 22 mai, le bilan officiel faisait état de 131 morts et 513 cas suspects. Cinq jours plus tard, les chiffres ont continué d’augmenter dans des provinces qui combinent toutes les conditions défavorables : conflits armés persistants, mouvements massifs de populations déplacées, activités minières qui brassent des milliers de travailleurs dans des conditions d’hygiène précaires, méfiance communautaire envers les équipes médicales, et routes coupées par l’insécurité qui ralentissent les approvisionnements en matériel de protection.
Pour la Côte d’Ivoire, la situation commande une vigilance accrue qui dépasse le simple contrôle aux frontières formelles. Le vrai risque d’importation n’emprunte pas les postes frontières officiels. Il passe par les corridors informels, les pistes qui relient les villages de part et d’autre des frontières, les flux commerciaux qui circulent en dehors des radars administratifs. Ces flux sont impossibles à surveiller exhaustivement. Ce qui les rend gérables, c’est la détection précoce dans les structures de santé primaire et la formation des agents de santé communautaires à reconnaître les signes évocateurs.
Le ministère ivoirien de la Santé a confirmé l’absence de tout cas détecté sur le territoire. Cette information est vraie à l’heure où elle est donnée. Elle peut changer. Et le délai entre l’importation d’un cas et sa détection est précisément le moment le plus dangereux, celui où la chaîne de transmission peut s’établir avant que les alertes ne se déclenchent. La Côte d’Ivoire dispose de systèmes de surveillance épidémiologique qui ont été renforcés depuis 2014. Il faudra s’en souvenir dans les prochaines semaines.
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