La Rédaction | lementor.net
Il y a des départs qui ressemblent à des arrivées. Celui des Éléphants de Côte d’Ivoire pour leur camp de préparation finale avant la Coupe du Monde 2026 est de ceux-là. Douze ans. C’est le temps qui s’est écoulé depuis la dernière fois que la Côte d’Ivoire a posé ses valises dans une Coupe du Monde, au Brésil en 2014, dans un groupe de la mort avec la Grèce, la Colombie et le Japon. Douze ans de qualifications manquées, de campagnes inabouties, d’une génération entière qui attendait son tour et qui l’a finalement pris avec la force de ceux qui n’ont plus de temps à perdre. Ce groupe de 26 joueurs qui vient de quitter Abidjan porte sur ses épaules quelque chose que les statistiques ne capturent pas : la fierté d’un retour.
La liste qu’Emerse Faé a dévoilée le 15 mai sur la RTI1 a dit beaucoup sur sa philosophie. Continuité dans l’ossature, confiance aux cadres qui ont construit la CAN 2024 à domicile, ouverture calculée sur la jeune génération qui frappe à la porte. Yahia Fofana dans les buts, Mohamed Koné et Alban Lafont en doublure. Une défense construite autour d’Evan N’Dicka, Emmanuel Agbadou, Ousmane Diomandé, Guéla Doué et Odilon Kossounou. Un milieu de terrain construit sur le trio Franck Kessié, Ibrahim Sangaré, Seko Fofana, l’architecture tactique qui a permis à la Côte d’Ivoire de dominer physiquement toutes ses rencontres africaines ces deux dernières années.
L’interrogation majeure tourne autour d’Evan N’Dicka. Le défenseur central de la Roma et pilier de la charnière ivoirienne traîne une blessure depuis plusieurs semaines. Son staff médical et celui de la sélection surveillent son état heure par heure. Si N’Dicka n’est pas disponible ou n’est pas à 100% physiquement pour le premier match contre l’Équateur le 14 juin à Philadelphie, Faé devra réorganiser sa défense centrale avec Agbadou et Kossounou dans un rôle qu’ils maîtrisent collectivement moins bien que leur association habituelle avec le Romain. Ce scénario, personne ne le souhaite. Il serait néanmoins gérable à condition que la préparation permette de travailler les automatismes alternatifs dès maintenant.
En attaque, le dossier Sébastien Haller a été tranché avec la rigueur froide d’un sélectionneur qui refuse de prendre des risques sur la durée d’un tournoi mondial. Le buteur de la CAN 2024, auteur du but en finale contre le Nigeria, a été placé en réserviste après une saison perturbée par les blessures. Il reste disponible en cas de forfait jusqu’à 24 heures avant le premier match, conformément au règlement FIFA. La décision est courageuse parce qu’elle est impopulaire. Elle est juste parce que Faé a manifestement décidé que la garantie physique primait sur la fidélité émotionnelle au héros de la CAN.
La vraie surprise de la liste porte un nom et un visage neufs : Ange-Yoan Bonny. L’attaquant de l’Inter Milan, 21 ans, vivra sa première sélection officielle directement dans un Mondial. Faé l’a observé depuis plusieurs mois et a décidé que son profil de pivot, capable de jouer dos au but et de peser sur les défenses, apportait une dimension que le secteur offensif ivoirien n’avait pas autrement. C’est le pari du sélectionneur. Les partenaires ne le connaissent pas suffisamment pour l’anticiper. C’est parfois le meilleur atout qu’on puisse avoir.
Le calendrier du groupe E dit à la fois la difficulté et l’opportunité. Premier match le 14 juin contre l’Équateur à Philadelphie. Choc décisif contre l’Allemagne le 20 juin. Dernier match contre Curaçao le 25 juin. La logique voudrait que la Côte d’Ivoire gère l’Équateur et Curaçao pour aborder l’Allemagne avec la qualification déjà en poche. La réalité du football sait rarement obéir à cette logique. L’Équateur est une équipe physique, bien organisée, difficile à manœuvrer dans les duels. Elle ne viendra pas à Philadelphie pour se laisser battre. Et l’Allemagne, quadruple championne du monde en reconstruction sous Julian Nagelsmann, arrive dans ce Mondial avec la faim de ceux qui ont quelque chose à prouver.
Avant de rejoindre les États-Unis, les Éléphants jouent un match de préparation contre la France le 4 juin à Nantes au Stade de la Beaujoire. Une affiche qui n’est pas anodine. Affronter les Bleus, l’une des nations les mieux préparées pour le Mondial, permettra à Faé de tester ses automatismes défensifs contre une attaque de premier plan européen, et de voir si la charnière centrale tient sans N’Dicka ou avec lui selon son état à cette date.
Douze ans d’attente. Un groupe qui a remporté la CAN à domicile. Un sélectionneur qui a choisi la rigueur collective sur les coups de cœur individuels. Et un pays entier qui regardera le 14 juin depuis Abidjan, Bouaké, San Pedro et tous les maquis du pays avec ce mélange particulier de fierté et de tension que seul le Mondial produit. Les Éléphants sont partis. La fête peut commencer.
Leave a comment