La Rédaction | Lementor.net
L’épidémie d’Ebola Bundibugyo qui frappe l’est de la République Démocratique du Congo depuis l’annonce officielle du 15 mai 2026 n’est plus un fait divers sanitaire lointain. Elle est devenue, en moins de deux semaines, une préoccupation régionale que l’OMS qualifie de risque élevé et que dix pays africains suivent désormais dans leurs dispositifs de veille épidémiologique. La Côte d’Ivoire est parmi eux. Et elle a décidé de ne pas attendre que le virus frappe à sa porte pour agir.
Le bilan au 26 mai dépasse les 150 morts pour plus de 600 cas suspects recensés dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ces trois provinces sont parmi les plus actives de la RDC sur le plan des échanges transfrontaliers. Des milliers de personnes les traversent chaque jour, commerçants, travailleurs des mines, déplacés, humanitaires. Les corridors qui les relient à l’Ouganda, au Rwanda, au Burundi et au Soudan du Sud sont permanents, informels pour la plupart, impossibles à contrôler exhaustivement par les seuls postes frontières officiels.
L’Ouganda a tiré les premières conséquences pratiques de cette réalité en suspendant les transports publics vers la RDC. Les États-Unis ont imposé une bulle sanitaire Ebola à la délégation congolaise pour le Mondial 2026. Ces décisions, controversées dans leur dimension symbolique, traduisent une réalité épidémiologique simple : quand un virus circule dans une zone à forte mobilité transfrontalière, les mesures barrières aux points de passage officiels ne suffisent pas. Il faut des systèmes de détection précoce dans les structures de santé, des équipes de réponse rapide entraînées et disponibles, et des populations informées sur les signes à signaler.
C’est précisément sur ces trois axes que la Côte d’Ivoire a renforcé son dispositif depuis la confirmation de l’épidémie. Le ministère de la Santé a mobilisé ses équipes de surveillance épidémiologique dans les structures de santé des régions nord et dans les points d’entrée officiels. Le Centre des Opérations d’Urgence Sanitaire a été mis en état de veille active. Des formations rapides ont été organisées pour les agents de santé communautaires dans les zones frontalières sur la reconnaissance des symptômes évocateurs d’Ebola et les protocoles de signalement.
Cette réactivité n’est pas improvisée. La Côte d’Ivoire a une mémoire sanitaire de ces situations. En 1994, un premier cas humain d’Ebola avait été diagnostiqué en Côte d’Ivoire chez une chercheuse qui avait été en contact avec des chimpanzés dans la forêt de Taï. La prise en charge avait été rapide, l’extension évitée. En 2021, lors de la résurgence guinéenne, les autorités ivoiriennes avaient activé leurs protocoles de surveillance avant même que l’OMS ne classe la situation en urgence régionale. Ces expériences ont construit une culture institutionnelle de la vigilance que les investissements récents dans les systèmes de santé ont renforcée.
Ce que l’épidémie actuelle teste, au-delà des capacités de détection, c’est la cohérence de la réponse régionale. La RDC, l’Ouganda et le Soudan du Sud ont tenu une réunion ministérielle à Kampala les 22 et 23 mai pour coordonner leur riposte. Douze mesures prioritaires ont été adoptées. C’est bien. Ce n’est pas suffisant sans un financement rapide et sans une coordination effective sur le terrain, là où les équipes de santé travaillent souvent sans moyens de communication fiables et sans protection adéquate. L’Afrique de l’Ouest n’est pas en danger immédiat. Mais l’Afrique de l’Ouest a appris à ses dépens en 2014 que le danger immédiat peut devenir le danger réel plus vite que les systèmes de santé ne peuvent répondre. La vigilance de la Côte d’Ivoire n’est pas de l’alarmisme. C’est de la mémoire institutionnelle appliquée. Et dans le domaine de la santé publique, la mémoire institutionnelle sauve des vies
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