Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a des deuils qui arrivent seuls. Et il y a des deuils qui arrivent en série, comme si la mort avait décidé de frapper le même monde plusieurs fois de suite sans laisser le temps de souffler. Le showbiz ivoirien traverse en ce moment l’une de ces périodes noires qui laissent une communauté artistique entière sous le choc. À peine deux mois après les disparitions successives d’Eddie, d’Abomé l’Éléphant et de DJ Congélateur, c’est DJ 5 Étoiles qui s’en va à son tour.
DJ 5 Étoiles était un artiste-chanteur qui avait su se tailler une place singulière dans le paysage musical ivoirien. Il était à l’origine de plusieurs concepts qui avaient marqué la scène locale et lui avaient valu une reconnaissance réelle de ses pairs et de son public. Comme beaucoup d’artistes de sa génération, il avait construit sa notoriété dans les espaces populaires de la culture ivoirienne, ces maquis, ces soirées, ces plateaux télé où se forge la réputation d’un artiste à Abidjan.
Ce qui rend cette disparition particulièrement douloureuse, c’est sa proximité avec d’autres deuils récents. La scène artistique ivoirienne fait face à des disparitions rapprochées qui secouent le milieu culturel. Abomé l’Éléphant le 18 mai au CHU de Treichville. DJ Congélateur trois jours plus tard dans le même hôpital. Et maintenant DJ 5 Étoiles. Ces morts répétées en l’espace de quelques semaines posent une question que le milieu artistique ivoirien ne peut plus éviter : dans quelles conditions vivent et meurent les artistes en Côte d’Ivoire ? Quels sont les filets de sécurité sociale, les couvertures médicales, les structures de soutien qui permettent à un artiste de traverser une maladie grave sans que ce soit une descente aux enfers financière avant d’être une épreuve physique ?
La question n’est pas nouvelle. Elle revient à chaque mort d’artiste ivoirien dans des circonstances qui auraient pu être évitées avec une prise en charge adéquate. Le Bureau ivoirien du droit d’auteur, le Fonds de soutien aux artistes, les discussions récurrentes sur la couverture sociale des créateurs : ces sujets reviennent régulièrement dans les débats sans jamais produire de solution systémique durable. Et pendant ce temps, des hommes et des femmes qui ont contribué à la vitalité culturelle d’un pays disparaissent sans que leur art ne leur ait jamais garanti une dignité matérielle minimale.
DJ 5 Étoiles mérite mieux qu’une nécrologie de quelques lignes. Il mérite que sa disparition serve à rouvrir sérieusement ce dossier. La Côte d’Ivoire qui investit massivement dans ses infrastructures, qui célèbre ses Éléphants de foot et qui ambitionne de devenir un hub économique continental doit aussi se demander ce qu’elle fait pour les artistes qui portent son âme culturelle. Les réponses à cette question diront si ce pays aime vraiment sa culture ou s’il se contente de la consommer.
Repose en paix, DJ 5 Étoiles.
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