Par La Rédaction | Lementor.net
Le bilan officiel des inondations et glissements de terrain qui ont frappé le district d’Abidjan le 29 juin 2026 est désormais arrêté à 59 morts. C’est le bilan le plus lourd enregistré dans la capitale économique ivoirienne lors d’une catastrophe liée aux pluies depuis plusieurs années. Cinquante-neuf familles endeuillées. Des centaines de blessés. Des milliers de sinistrés sans domicile. Et une ville qui s’interroge, une fois de plus, sur sa capacité à protéger ses habitants les plus vulnérables contre des catastrophes qui ne sont pas des accidents mais des conséquences prévisibles d’une urbanisation incontrôlée.
La réponse du gouvernement a pris deux formes distinctes. La première est immédiate : le président Ouattara, depuis Paris où il se trouve pour un déplacement privé, a exprimé sa solidarité envers les victimes et assuré que les pouvoirs publics restaient mobilisés pour accompagner les personnes affectées. Les sapeurs-pompiers, l’Office national de la protection civile et la Police nationale ont été déployés en urgence. Des équipes spécialisées en santé mentale et soutien psychologique ont été dépêchées auprès des populations chassées de leurs maisons à Port-Bouët-Vridi. Ces réponses d’urgence sont nécessaires. Elles ne sont pas suffisantes.
La deuxième réponse est structurelle. Le gouvernement a annoncé un programme de construction de 12 000 logements dans les secteurs de Songon et de l’autoroute du nord, destinés à reloger les populations victimes des inondations et des opérations de déguerpissement qui se sont multipliées ces dernières semaines, à Koumassi Campement, à Vridi-3 Zimbabwe et dans d’autres zones du district. Ce programme est ambitieux dans son volume. Sa crédibilité dépend de sa mise en œuvre effective, dans des délais raisonnables, dans des conditions qui permettent aux familles déplacées de retrouver une vie digne et non d’être simplement déplacées d’une précarité à une autre.
Car le vrai problème que les 59 morts du 29 juin posent à la Côte d’Ivoire est celui de l’urbanisation. Abidjan compte 176 sites classés à risque. Des dizaines de quartiers construits sur des pentes instables, des berges lagunaires, des zones inondables que les règles d’urbanisme auraient dû protéger de la construction. Ces quartiers sont habités par des familles qui n’ont pas les moyens d’habiter ailleurs. Les déplacer vers Songon ou l’autoroute du nord sans accompagnement économique, sans transports en commun, sans infrastructures de base, c’est créer de nouvelles précarités loin d’Abidjan plutôt que de résoudre la précarité à Abidjan.
Le PDCI-RDA a demandé une refonte des politiques publiques de gestion des risques, rappelant que les fortes pluies ont causé près de 150 décès au cours des cinq dernières années. Ce chiffre est le vrai verdict. Cent cinquante morts en cinq ans. Ce n’est pas une fatalité climatique. C’est une défaillance institutionnelle chronique qui tue des gens chaque saison des pluies pendant que les budgets de communication sur le développement économique ivoirien se multiplient.
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