Par La Rédaction | Lementor.net
En accédant à la présidence de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire le dimanche 7 juin 2026 à Abidjan, Marie-Laure N’Goran ne s’est pas seulement imposée dans une élection syndicale. Elle a fait tomber un symbole vieux de trente-cinq ans en devenant la première femme à prendre les rênes de la principale organisation représentative des journalistes ivoiriens depuis sa création en 1991. Tête de la liste UNJCI Nouvelle Vision, elle a obtenu 244 voix sur 408 votants, soit 59,80 % des suffrages exprimés, contre 161 voix pour son adversaire Stéphane Bahi, tête de la liste Ensemble pour une union forte et solidaire. Trois bulletins blancs ont été enregistrés. Une victoire nette, sans ambiguïté, qui dit la confiance d’une corporation qui a choisi le renouveau.
Pour comprendre ce que représente cette élection, il faut d’abord savoir qui est Marie-Laure N’Goran. Journaliste et présentatrice du journal télévisé de la Radiotélévision ivoirienne première chaîne, elle est l’un des visages les plus reconnus du paysage médiatique ivoirien. Sa présence quotidienne sur l’écran de la RTI 1, son ton posé, sa rigueur dans le traitement de l’information et sa capacité à incarner le journalisme de service public avec sérieux et professionnalisme en ont fait au fil des années une référence dans une profession où la visibilité ne suffit pas si elle n’est pas portée par une crédibilité réelle.
Au fil de sa carrière, Marie-Laure N’Goran a accumulé plusieurs distinctions qui disent l’étendue de sa reconnaissance professionnelle. Elle est triple lauréate du Prix Ebony de la meilleure présentatrice télé, récipiendaire du Prix africain du développement et élevée au rang de Chevalière dans l’ordre de la communication et du mérite culturel ivoirien. Entre 2019 et 2020, elle assure la présidence du comité d’organisation du Prix Ebony, contribuant à la valorisation des talents du journalisme africain. En dehors du journal télévisé, elle s’illustre comme écrivaine engagée et comme promotrice des Marielordivoire, une initiative dédiée à la valorisation et à l’impact social. De 2020 à 2022, elle occupe le poste de vice-présidente de l’UNJCI. Cette dernière expérience est importante : elle n’arrive pas à la présidence par un coup d’éclat ou une impulsion de l’extérieur. Elle arrive après avoir appris, observé, compris les mécanismes internes d’une organisation qu’elle connaît de l’intérieur.
Le congrès électif s’est organisé autour du thème Rassemblement et reconstruction, et a mobilisé des journalistes venus de toutes les structures de presse du pays. Ce thème n’est pas anodin. Il dit l’état dans lequel se trouvait l’UNJCI avant ce congrès : une corporation traversée par des divisions, des tensions internes, des rivalités entre médias publics et privés, entre presse écrite et audiovisuel, entre anciens et nouveaux entrants du numérique. La demande de rassemblement était réelle. La réponse de Marie-Laure N’Goran a été immédiate et claire. Dès sa prise de parole, elle a déclaré qu’il n’y a plus de distinction de rédactions, de médias, audiovisuel ou presse numérique, mais on dira plutôt UNJCI.
Le samedi 4 juillet 2026, soit moins d’un mois après son élection, Marie-Laure N’Goran et les 24 membres de son Conseil exécutif ont été officiellement investis à la Maison de la Presse d’Abidjan-Plateau, en présence du ministre de la Communication Amadou Coulibaly, de responsables d’organisations professionnelles, de directeurs de publication, de journalistes, ainsi que de nombreux partenaires des médias et représentants du corps diplomatique. Dans son discours d’investiture, elle a posé les termes de son mandat avec une clarté qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté : à compter de cet instant, il n’y a plus de candidats, il n’y a plus de listes, il n’y a plus de camps. Il n’y a qu’une seule Union, une seule famille, une seule ambition, faire grandir l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire.
Son programme s’articule autour de quatre priorités concrètes. Renforcer l’unité de la famille des journalistes. Améliorer la protection des professionnels des médias. Préparer l’avenir de la profession face aux mutations du secteur numérique. Et consolider la confiance entre les membres, les partenaires et les institutions. Elle place le social au cœur de son action, avec notamment la création d’un fonds d’urgence et le projet d’un hôpital dédié aux journalistes. Cette dernière proposition mérite une attention particulière. Les décès récents de professionnels des médias dans des conditions révélant une précarité sanitaire profonde ont mis en lumière l’absence criante de filets de protection sociale pour ceux qui font vivre l’information du pays. Un hôpital dédié aux journalistes serait une réponse concrète et symboliquement forte à cette réalité.
Elle a également annoncé sa volonté de développer le Salon international des médias et de l’innovation afin d’en faire une plateforme majeure d’échanges entre journalistes de Côte d’Ivoire, d’Afrique et d’ailleurs. Cette ambition continentale dit quelque chose sur la façon dont la nouvelle présidente conçoit son mandat : non pas une gestion administrative de l’existant, mais une ouverture résolue vers le monde, une mise en réseau de la presse ivoirienne avec ses homologues africains et internationaux.
Le ministre de la Communication Amadou Coulibaly a exhorté les journalistes à tourner définitivement la page des divisions et a réaffirmé l’engagement du gouvernement en faveur d’un paysage médiatique fort, indépendant et résolument professionnel, assurant que le ministère sera à vos côtés sans ingérence aucune. Cette promesse de non-ingérence, prononcée publiquement devant les journalistes et leurs partenaires, engage le gouvernement. Elle devra être tenue.
Ce que l’élection de Marie-Laure N’Goran dit en définitive de la presse ivoirienne en 2026, c’est une profession qui cherche à se renouveler, à se réconcilier avec elle-même et à se projeter vers l’avenir dans un environnement médiatique profondément transformé par le numérique, la désinformation et la concurrence des plateformes globales. Elle a choisi pour le faire une femme qui porte simultanément la légitimité de la notoriété, la crédibilité de l’expérience et la clarté d’une vision. Trente-cinq ans après la création de l’UNJCI, la première présidente de son histoire prend ses fonctions. C’est un bon début.
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