Par La Rédaction | Lementor.net
Pendant que l’actualité nationale était absorbée par la qualification historique des Éléphants et les deuils culturels successifs, Port-Bouët-Vridi vivait sa propre catastrophe silencieuse. Le quartier Vridi-3 dit Zimbabwe, démoli début juin par le District autonome d’Abidjan dans le cadre de sa politique de déguerpissement des zones jugées dangereuses, laisse 30 000 habitants dans une situation de précarité aiguë qui empire de semaine en semaine. Et les tensions entre le District et la mairie de Port-Bouët ne se sont pas apaisées.
Une équipe spécialisée en santé mentale et soutien psychologique a été dépêchée en urgence auprès des populations chassées de leurs maisons. Cette décision dit la prise de conscience par les autorités de la dimension psychologique d’une catastrophe humaine que les chiffres seuls ne traduisent pas. Trente mille personnes déplacées, ce n’est pas une abstraction statistique. Ce sont des familles dont les enfants ne savent plus où ils vont aller à l’école le lendemain. Des commerçants dont l’outil de travail a disparu sous les bulldozers. Des personnes âgées arrachées à une maison et à un quartier qu’elles habitaient depuis des décennies. Des hommes et des femmes qui ont perdu en quelques heures l’intégralité de ce qu’ils avaient construit.
Le District autonome d’Abidjan maintient sa position. Les destructions s’inscrivent dans sa politique de zéro mort 2026, destinée à vider les zones les plus exposées aux risques d’inondation avant que la saison des pluies ne fasse de nouvelles victimes. Cette logique préventive est légitime dans son principe. Les 59 morts des inondations du 29 juin, dont plusieurs dans des quartiers construits sur des pentes instables ou des zones inondables, donnent rétrospectivement une certaine justification à une politique qui avait été critiquée pour sa brutalité. Mais justifier la prévention ne règle pas la question de ce qu’on fait des personnes déplacées après coup.
La mairie de Port-Bouët, de son côté, continue de contester les modalités de l’opération. Sa correspondance officielle au gouverneur du District, envoyée avant les démolitions et restée sans réponse, dit que la consultation préalable n’a pas eu lieu. La présence d’une école publique et d’un centre de santé communautaire public dans le quartier détruit dit que l’État lui-même reconnaissait l’existence de ce quartier et avait investi dans ses infrastructures. Ces contradictions institutionnelles ne sont pas résolues.
Jeune Afrique confirme que le District d’Abidjan a entamé une nouvelle vague de destruction de logements précaires dans des zones jugées dangereuses, et que des habitants et une partie de l’opposition dénoncent des méthodes brutales et un manque d’indemnisation. Cette nouvelle vague dit que le District n’a pas terminé son programme de déguerpissement. D’autres quartiers sont dans le collimateur. D’autres familles vivent dans l’incertitude de savoir si les prochains bulldozers passeront devant leur porte. Pour les populations concernées, l’urgence n’est pas dans les discours officiels sur la prévention des risques. Elle est dans une réponse concrète à une seule question : où allons-nous dormir ce soir ?
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