Par La Rédaction | Lementor.net
Ce mardi 7 juillet 2026, vers 14 heures, une forte détonation a ébranlé Ferkessédougou, chef-lieu de la région du Tchologo, semant la panique parmi les populations de la ville. L’explosion, dont le souffle a été ressenti dans un rayon d’environ 200 mètres, est survenue au sein de la Brigade Mobile des Douanes lors d’une opération de nettoyage et de réhabilitation des locaux.
Les premiers éléments recueillis sur place permettent de reconstituer le scénario. La Brigade Mobile des Douanes faisait l’objet d’un projet de réhabilitation de ses magasins, destiné à les mettre aux normes. Dans ce cadre, des agents d’un service de nettoyage avaient été dépêchés pour vider les locaux de leurs contenus obsolètes. Des cartons, des papiers administratifs périmés et divers objets hors d’usage avaient été rassemblés pour être incinérés. C’est lors de cette opération d’incinération ordinaire qu’un engin explosif, dont la nature précise reste à déterminer par les enquêteurs, enfoui dans le tas d’ordures destiné au feu, a détoné au contact des flammes.
La bonne nouvelle est absolue : aucune perte en vie humaine n’est à déplorer. Ce bilan humain miraculeusement épargné est d’autant plus remarquable que l’explosion s’est produite en pleine journée, dans un périmètre urbain dense, à une heure où la circulation et l’activité commerciale sont à leur apogée dans cette ville carrefour du nord ivoirien. Les dégâts matériels sont en revanche considérables et s’étendent sur un rayon de deux cents mètres autour de l’épicentre. Plusieurs magasins, boutiques et habitations riveraines ont vu leurs toitures arrachées et leurs façades endommagées par le souffle. De nombreux véhicules en stationnement aux abords de la Brigade ont eu leurs pare-brises fracassés. La Préfecture de Région, voisine directe de la Brigade, n’a pas été épargnée : plafonds effondrés et vitres volées en éclats sous la violence du choc.
La réaction des autorités a été immédiate. Un important dispositif de sécurité a été déployé sur les lieux dès les premières minutes suivant l’explosion. La police, la gendarmerie et les sapeurs-pompiers ont sécurisé le périmètre, procédé aux premières évaluations des dégâts et pris en charge les personnes en état de choc. Le préfet de la région du Tchologo et préfet du département de Ferkessédougou, accompagné de ses collaborateurs et du premier adjoint au maire, s’est rendu sur les lieux pour constater la situation et coordonner la réponse des autorités administratives.
Plusieurs questions méritent d’être posées avec clarté. La première est celle de l’origine de l’engin explosif. Comment un engin de cette puissance s’est-il retrouvé parmi des déchets ordinaires destinés à l’incinération dans les locaux d’une brigade des douanes ? Cet engin était-il une saisie douanière dont la destruction n’avait pas été effectuée selon les procédures réglementaires requises ? Était-il un résidu d’une époque ancienne dont l’existence dans ces locaux n’avait pas été signalée ? Ou s’agit-il d’une présence dont l’origine pose des questions d’une autre nature ? L’enquête ouverte devra répondre à ces questions.
La deuxième question concerne les procédures de sécurité. Une brigade des douanes, institution de l’État dotée d’entrepôts de stockage de marchandises saisies, dont certaines peuvent inclure des matières dangereuses, doit disposer de protocoles stricts encadrant toute opération de nettoyage ou de destruction de déchets. Ces protocoles doivent prévoir une inspection préalable des zones concernées par des personnels formés à la détection de matières dangereuses avant toute incinération. Si ces protocoles existaient et ont été respectés, comment l’engin a-t-il néanmoins échappé à la détection ? Si ces protocoles n’existaient pas ou n’ont pas été respectés, qui en est responsable ?
La troisième question est contextuelle et mérite d’être mentionnée sans alarmisme mais sans naïveté. Ferkessédougou est une ville frontalière du nord de la Côte d’Ivoire, à moins de cent kilomètres du Mali et à proximité du Burkina Faso. La ville est la principale porte d’entrée terrestre du pays depuis ces deux pays sahéliens dont la situation sécuritaire se dégrade régulièrement. Des engins explosifs improvisés circulent dans cette zone géographique. La présence de tels engins dans des marchandises transitant par Ferkessédougou n’est pas une hypothèse fantaisiste dans ce contexte. Sans préjuger des conclusions de l’enquête, cette réalité géographique et sécuritaire commande que l’investigation soit menée avec toute la rigueur et la profondeur qu’elle mérite.
Pour les populations de Ferkessédougou, le soulagement de ne compter aucune victime humaine est immense. La ville avait été choisie le 2 juillet par le Vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara pour l’inauguration de la centrale solaire Sokoro 2, signal positif d’un nord qui s’électrifie et se développe. Ce mardi, c’est une tout autre image qui sort de la cité du Tchologo. Les deux réalités coexistent dans cette ville du nord ivoirien : le développement qui avance et les risques qui persistent. C’est précisément pour cela que les enquêteurs doivent faire leur travail jusqu’au bout.
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