Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a des journées qui changent l’histoire d’un pays. Le mercredi 8 juillet 2026 est de celles-là. Au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, sous la présidence du Vice-Président Tiémoko Meyliet Koné représentant le chef de l’État Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire a accompli quelque chose que personne n’avait anticipé avec cette ampleur : elle a mobilisé en une seule journée 47 820 milliards de FCFA, soit 80 milliards de dollars, en intentions de financement pour son Plan National de Développement 2026-2030. L’objectif initial était de 11 138,2 milliards de FCFA. Le résultat final représente près de quatre fois ce montant. Ce n’est pas un succès. C’est un plébiscite.
Pour mesurer ce que ce chiffre représente, il faut le replacer dans son contexte. Le Groupe consultatif de juin 2022 avait mobilisé 15 706 milliards de FCFA contre un objectif de 9 335 milliards, soit un taux de mobilisation de 168 %. À l’époque, ce résultat avait été qualifié d’exceptionnel. Quatre ans plus tard, avec 47 820 milliards mobilisés contre 11 138 attendus, la Côte d’Ivoire ne bat pas ce record. Elle le rewrite dans une autre catégorie. Le taux de mobilisation atteint 429 %. Ce chiffre n’est pas un artefact comptable. Il dit que la communauté financière internationale n’est pas venue à Abidjan pour poliment s’engager sur les montants qui leur étaient demandés. Elle est venue avec ses propres ambitions d’investissement, supérieures aux demandes du gouvernement ivoirien lui-même.
La présence d’Ousmane Diagana, vice-président pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre du Groupe de la Banque mondiale, et d’Amina Mohammed, vice-secrétaire générale des Nations Unies, dit le niveau auquel ce Groupe consultatif a été considéré par les institutions qui comptent. Plus de 3 000 participants venus de 49 pays : c’est un sommet de financement du développement, pas une réunion de bailleurs. La différence entre les deux n’est pas seulement quantitative. Elle est qualitative. Un sommet de cette envergure dit que la Côte d’Ivoire est devenue une destination de référence pour la finance internationale du développement africain.
Ce résultat exceptionnel repose sur des fondements solides que les partenaires ont validés collectivement. Une croissance annuelle moyenne supérieure à 6,5 % maintenue sur la période 2021-2025 malgré la pandémie, les tensions géopolitiques mondiales et la volatilité des cours des matières premières. Un taux d’exécution du PND précédent de 94 %, soit 55 466 milliards de FCFA effectivement investis. Un reclassement par le FMI et la Banque mondiale au rang de seul pays d’Afrique subsaharienne à faible risque de surendettement, annoncé le 24 juin, dix jours seulement avant l’ouverture du Groupe consultatif. Des émissions obligataires sursouscrites par un facteur de cinq sur les marchés internationaux. Et une stabilité politique et institutionnelle qui contraste singulièrement avec les turbulences du reste de la sous-région. Ces éléments mis ensemble constituent le narratif ivoirien que les 49 délégations présentes au Sofitel ont collectivement validé avec leurs engagements.
Il faut néanmoins nommer avec honnêteté ce que ces 47 820 milliards de FCFA représentent exactement. Ce sont des intentions de financement, des engagements annoncés, des lettres d’intention exprimées. Ils ne sont pas encore des décaissements. La différence entre une annonce de financement et un virement sur le compte du Trésor ivoirien est la différence entre une promesse et un fait accompli. L’histoire des groupes consultatifs africains enseigne que le chemin entre les annonces et les décaissements effectifs peut être long, semé d’obstacles administratifs, de conditions préalables, de procédures de négociation et de délais d’approbation. Le gouvernement ivoirien le sait. La vraie performance de ce Groupe consultatif se mesurera sur trois ans, quand on pourra comparer les 47 820 milliards annoncés avec les montants effectivement décaissés et les projets effectivement lancés.
Ce qui est acquis en revanche, et qui a une valeur immédiate et mesurable, c’est le signal politique et financier envoyé aux marchés. Quand 49 pays et les plus grandes institutions financières mondiales expriment en une journée des intentions de financement représentant quatre fois l’objectif d’un pays, ce pays voit sa prime de risque baisser, sa note souveraine progresser, et ses conditions d’accès aux marchés financiers s’améliorer. Ce signal se traduit en économies réelles sur chaque emprunt futur, en termes plus favorables sur chaque négociation à venir, en crédibilité renforcée pour chaque projet qui cherchera un financement dans les mois et les années qui viennent.
La deuxième journée du Groupe consultatif ce jeudi 9 juillet est consacrée aux investisseurs privés, appelés à assurer 70,2 % du financement total du PND, soit 80 616 milliards de FCFA. Si la première journée a démontré la confiance des institutions financières publiques et multilatérales dans la trajectoire ivoirienne, la deuxième dira si le secteur privé international partage cette confiance assez profondément pour engager des capitaux dans les 800 projets profilés qui leur seront présentés. C’est ce deuxième signal, celui des marchés et des investisseurs privés, qui sera déterminant pour la transformation réelle de l’économie ivoirienne au cours des cinq prochaines années.
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