Par Bakary Cisse | Lementor.net
En marge du Forum ministériel africain sur les minéraux critiques organisé ce vendredi 10 juillet 2026 à Abidjan, une rencontre entre le ministre ivoirien du Plan Souleymane Diarrassouba et Jeremy Wiggins, secrétaire adjoint par intérim aux Affaires internationales du Département américain du Trésor, a mis en lumière la profondeur d’un partenariat économique dont les deux pays entendent élargir le périmètre bien au-delà des relations habituelles.
Washington s’intéresse à Abidjan avec une précision nouvelle. Les minéraux critiques et la création de chaînes de valeur sur le continent constituent une priorité majeure pour les États-Unis, a déclaré Wiggins sans détour. Cette formule dit l’essentiel de la logique américaine : dans un monde où la concurrence pour les ressources stratégiques, lithium, cobalt, manganèse, nickel, cuivre, s’intensifie entre puissances mondiales, l’Afrique de l’Ouest est devenue un espace où Washington ne peut plus se permettre l’indifférence ou la présence symbolique. La Côte d’Ivoire, avec ses réserves aurifères en pleine expansion, son bassin pétrolier qui monte en puissance avec le champ Baleine et ses nouvelles découvertes, et son positionnement de hub logistique régional, représente exactement le type de partenaire que la stratégie américaine en Afrique sub-saharienne cherche à sécuriser.
La présence de plus d’une cinquantaine d’entreprises américaines intéressées par les projets prioritaires du PND 2026-2030, relevée par Diarrassouba lors de cette rencontre, dit que cet intérêt n’est pas seulement diplomatique. Il est commercial et industriel. Des sociétés américaines sont venues à Abidjan avec des dossiers, des propositions et des lignes de crédit. Elles ont regardé les 800 projets profilés présentés aux investisseurs lors de la deuxième journée du Groupe consultatif. Et certaines d’entre elles ont manifesté un intérêt suffisamment concret pour que le ministre ivoirien en fasse un argument de bilan.
Le Millennium Challenge Corporation, programme américain d’aide au développement conditionné à la bonne gouvernance, est déjà présent en Côte d’Ivoire dans le secteur de l’énergie. L’accord bilatéral dans le secteur de la santé représente plus de 900 millions de dollars d’engagement américain. Ces chiffres disent que la relation économique entre Washington et Abidjan existe déjà avec une substance réelle. Ce qui change avec le Forum sur les minéraux critiques et la rencontre Diarrassouba-Wiggins, c’est l’élévation stratégique de cette relation : on passe d’une coopération de développement classique à un partenariat stratégique sur les ressources qui structurent l’économie mondiale de demain.
Ce que la Côte d’Ivoire doit maintenant gérer avec soin, c’est la géopolitique de cette attraction. Être convoitée par les États-Unis pour ses ressources et son positionnement régional est une opportunité. C’est aussi une responsabilité. Dans un environnement mondial où la concurrence entre puissances pour l’accès aux ressources africaines s’est intensifiée, Abidjan doit transformer cet intérêt américain en partenariats qui maximisent la valeur capturée localement, en emplois créés sur le sol ivoirien, en transferts de technologie réels et en chaînes de valeur ancrées dans l’économie nationale plutôt qu’en simple extraction d’une génération de plus.
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