Par Bakary Cisse | Lementor.net
À Abidjan, l’heure est au triomphe. Et le triomphe est justifié. Quarante-sept mille huit cent vingt milliards de FCFA mobilisés lors du Groupe consultatif des 8 et 9 juillet 2026, soit 80 milliards de dollars, pour un objectif initial de 11 138,2 milliards. Quatre fois la cible. Plus de 3 000 participants venus de 49 pays. La vice-secrétaire générale des Nations Unies et le vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest présents à Abidjan. Une deuxième journée avec plus d’un millier d’investisseurs privés et une cinquantaine de stands d’entreprises ivoiriennes. Ces chiffres ne se discutent pas. Ils disent que la communauté financière internationale a voté avec ses engagements pour la trajectoire ivoirienne.
Mais le Premier ministre Robert Beugré Mambé a eu raison de clôturer avec un discours plus mesuré que l’enthousiasme de l’ouverture. Sa prudence est celle de quelqu’un qui sait que la distance entre une intention de financement exprimée dans une salle de conférence et un décaissement effectif dans les caisses du Trésor ou sur les comptes d’un projet peut être longue, semée d’obstacles administratifs, de conditions préalables, de procédures de validation et de délais d’approbation. L’histoire des groupes consultatifs en Afrique enseigne que cet écart peut être substantiel. Il a annoncé la mise en place d’un dispositif institutionnel de suivi du PND. C’est la décision la plus importante de ces deux jours, celle dont l’efficacité déterminera si juillet 2026 reste dans les annales comme un tournant ou comme un brillant exercice de communication sans lendemain structurel.
Trois zones de vigilance méritent d’être nommées sans complaisance. La première est la dépendance au secteur privé. Avec 70,2 % du financement attendu de ce côté, la réussite du plan repose sur la matérialisation effective d’investissements annoncés, sur la capacité de la Côte d’Ivoire à diversifier au-delà des secteurs extractifs et agro-industriels qui attirent traditionnellement les capitaux, et sur la qualité du cadre des affaires qui doit convaincre des milliers d’entrepreneurs nationaux et internationaux de prendre des risques réels dans des secteurs encore peu développés.
La deuxième zone de vigilance est la soutenabilité de la croissance. Tenir 7,2 % de croissance annuelle sur cinq ans suppose une stabilité énergétique que le programme WASUNA de réhabilitation hydroélectrique cherche à garantir, une résilience face aux aléas climatiques qui pèsent sur une agriculture qui représente encore 40 % des exportations nationales, et une montée en compétences de la main-d’œuvre qui ne se décrète pas. Les objectifs sociaux du PND, ramener le taux de pauvreté sous 20 %, créer 2,5 millions d’emplois nets, porter le PIB par habitant à 4 500 dollars, sont ambitieux et les progrès accomplis depuis 2012 sont réels. Mais les écarts entre zones urbaines et rurales restent profonds, et le chômage des jeunes qualifiés demeure un défi structurel que la seule mobilisation financière ne résout pas mécaniquement.
La troisième zone de vigilance est la gouvernance de l’exécution. Le PND 2021-2025 a été exécuté à 94 %, résultat remarquable par les standards africains. Tenir ce niveau d’exécution sur un PND dont l’enveloppe est deux fois plus importante et dont la part privée est plus élevée suppose des mécanismes de coordination entre l’État, les partenaires et le secteur privé d’une complexité sans précédent. La réforme électorale en cours, les tensions politiques internes et les fragilités institutionnelles encore présentes peuvent créer des frictions qui ralentissent l’exécution si elles ne sont pas gérées avec la même rigueur que les agrégats macroéconomiques.
Ce Groupe consultatif a démontré qu’Abidjan savait convaincre. Que les arguments sont solides, la crédibilité établie et le narratif cohérent. Maintenant commence la phase qui ne se joue pas en salle de conférence mais sur le terrain, dans les régions, dans les entreprises, dans les chantiers et dans les bureaux administratifs qui traduisent les intentions en réalisations. C’est là que se gagnent les PND. Et c’est là que la Côte d’Ivoire a encore tout à prouver.
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