Par La rédaction | Lementor.net
Le gouvernement a publié la liste des zones à risque et le programme des déguerpissements prévus jusqu’au 24 juillet 2026 dans le district autonome d’Abidjan. C’est une amélioration de méthode par rapport aux opérations inopinées qui avaient caractérisé les démolitions de Koumassi Campement le 3 juin. La publication d’un calendrier prévisible dit que la leçon a été partiellement retenue. Partiellement seulement.
Parce que si les dates sont désormais publiées, les solutions de relogement restent introuvables. Où vont les familles de Vridi-3 Zimbabwe dont les 30 000 habitants ont perdu leurs maisons en juin ? Que font les sinistrés de Koumassi Campement dont le chef coutumier Nanan Marcellin Koffi affirmait le 3 juillet que personne n’avait reçu le moindre franc des 100 millions annoncés par le ministère de la Solidarité ? Qu’advient-il des familles des zones à risque visées par les opérations prévues jusqu’au 24 juillet ?
Ces questions ne reçoivent pas de réponse dans les communiqués officiels. Ce qu’on y lit, c’est la liste des zones à déguerpir. Ce qu’on n’y lit pas, c’est la liste des sites d’accueil ouverts, des logements disponibles, des indemnisations versées. Ce vide entre l’annonce du départ et la promesse de l’arrivée est précisément ce qui transforme une politique légitime de sécurisation des zones à risque en catastrophe humaine répétée.
Les 12 000 logements annoncés par le chef de l’État à Songon et sur l’autoroute du nord sont une réponse ambitieuse sur le papier. Mais un logement social ne se construit pas en une semaine. Les délais de construction, d’attribution et d’installation s’étendent sur des mois ou des années. Les familles déguerpies en juillet 2026 ont besoin de solutions en juillet 2026. Pas en 2028. Cette équation temporelle est le nœud gordien de toute politique de déguerpissement qui prétend être humaine plutôt que simplement administrative.
La saison des pluies impose une urgence réelle. Les 59 morts du 29 juin, les six de Bingerville, les trois de Bouaké : ces chiffres légitiment une action préventive. Mais la prévention qui consiste à chasser des familles de leurs maisons sans leur en donner d’autres est une prévention qui déplace le problème plutôt qu’elle ne le résout. Elle produit des sans-abri urbains qui, faute d’alternative, reconstruiront à quelques rues de là, dans d’autres zones à risque, jusqu’à la prochaine saison des pluies et le prochain bilan mortifère.
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