Par La Rédaction | Lementor.net
Ce lundi 20 juillet 2026, trois jours après le tête-à-tête de trois heures au palais de la République entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall, le ministère des Affaires étrangères du Sénégal a mis fin au silence diplomatique en annonçant officiellement le soutien de Dakar à la candidature de l’ancien président au poste de Secrétaire général des Nations Unies. Le président Diomaye Faye a demandé au gouvernement et aux représentations diplomatiques du Sénégal à travers le monde de mener les démarches nécessaires pour défendre la candidature de son prédécesseur auprès des pays membres de l’ONU. Le Sénégal joue désormais le jeu.

Ce soutien officiel était le chaînon manquant d’une candidature qui existait sans sa légitimité fondamentale. Macky Sall avait rencontré des difficultés en mars 2026 quand l’Union africaine avait refusé d’endosser collectivement sa candidature, plusieurs pays membres dont le Sénégal lui-même ayant alors exprimé leur opposition. Le Burundi avait dû se substituer à Dakar pour porter officiellement la candidature devant les instances internationales. Cette anomalie diplomatique, un ancien président sans le soutien de son propre pays, avait fragilisé l’ensemble de la démarche et donné des arguments à ses détracteurs. Elle est désormais corrigée.
Pour comprendre pourquoi Diomaye Faye a finalement dit oui, il faut regarder simultanément vers l’intérieur et vers l’extérieur. Vers l’intérieur d’abord : dans sa guerre institutionnelle contre Sonko qui contrôle l’Assemblée nationale avec 130 des 165 sièges, le vote de confiance du gouvernement Al Aminou Lo qui approche le 25 août, et la création en cours de son propre parti politique, Diomaye a besoin d’élargir sa base politique. Un rapprochement avec l’Alliance pour la République de Macky Sall, analysé par certains observateurs comme un geste d’apaisement envers l’APR, lui ouvre des réseaux territoriaux et des ressources politiques que son jeune mouvement ne possède pas encore. C’est du pragmatisme politique dans un pays où les alliances se construisent sur des intérêts partagés plus que sur des affinités idéologiques. Vers l’extérieur ensuite : Diomaye est désormais président en exercice de la CEDEAO depuis dimanche. Dans ce rôle, il sera amené à représenter l’organisation régionale dans les cercles diplomatiques onusiens. Avoir un compatriote sénégalais candidat au secrétariat général de l’ONU lui donne un levier diplomatique qu’il serait absurde de ne pas utiliser.
Ce soutien ne fait pas l’unanimité au Sénégal et ce serait une erreur de le présenter autrement. Des acteurs de la société civile ainsi que des proches de victimes des manifestations politiques enregistrées entre 2021 et 2024, au moins 65 morts selon plusieurs organisations de droits humains, pourraient y voir une forme de retour en grâce politique d’un homme qu’ils tiennent pour responsable de ces violences. Cette douleur est réelle. Elle est documentée. Et le communiqué du ministère des Affaires étrangères de ce lundi 20 juillet ne l’efface pas. Malick Ba l’avait dit vendredi avec une précision qui reste pertinente : on peut accueillir Macky Sall avec les honneurs, mais pas effacer la mémoire.
Ce que ce moment dit du Sénégal est révélateur d’une démocratie en train de négocier sa complexité. Un président qui soutient pour l’ONU l’homme qui l’a fait emprisonner pendant la campagne électorale. Un ancien président qui cherche à Dakar la légitimité que ses ambitions internationales exigent. Deux hommes que tout oppose et que l’intérêt bien compris rapproche provisoirement. Le Sénégal politique a rarement été aussi shakespearien.
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