La Rédaction | Lementor.net
Bamako n’est pas encore tombée. Mais Bamako s’étouffe. Depuis le 30 avril 2026, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans a franchi une étape décisive dans sa stratégie d’encerclement de la capitale malienne. Ce qui était jusqu’alors un système de barrages temporaires sur les grands axes est devenu une campagne d’incendies systématiques. Les convois de marchandises brûlent. Les chauffeurs fuient. Les marchés de Bamako commencent à ressentir la pression.
Les chiffres sont parlants. Le prix du kilogramme de viande a bondi de 3 300 à 4 500 FCFA en dix jours, soit une hausse de 36%. Les stations-service rationnent les volumes distribués. Des files d’attente s’allongent devant les pompes depuis plusieurs jours. Des dizaines de camions ont été incendiés sur les axes reliant Bamako à la Guinée, au Sénégal, à la Mauritanie et à la Côte d’Ivoire. Les transporteurs maliens, regroupés au sein du Conseil malien des transporteurs routiers, ont exprimé leur exaspération et menacent de suspendre leurs liaisons les plus exposées.
Le JNIM ne cherche pas à prendre Bamako d’assaut. Il cherche à l’affamer progressivement, à éroder la confiance des populations dans la capacité de la junte à les protéger et à les nourrir, à créer les conditions d’une délégitimation sociale qui rende le régime intenable de l’intérieur. C’est une stratégie de guerre asymétrique classique : ne pas combattre l’adversaire là où il est fort, sur le terrain militaire où Africa Corps peut encore peser, mais l’attaquer là où il est vulnérable, sur le plan logistique et économique où aucun mercenaire ne peut remplacer une route sûre et un camion qui circule librement.
L’armée malienne et Africa Corps ont mis en place des convois escortés. Ces dispositifs fonctionnent partiellement, comme en témoigne l’arrivée de 830 camions-citernes à Bamako début mai sous escorte militaire. Mais le JNIM adapte ses tactiques plus vite que les escortes ne peuvent couvrir les axes. Et à mesure que le blocus se durcit, la question que personne à Bamako n’ose poser publiquement devient de plus en plus pressante : jusqu’où peut tenir une capitale de quatre millions d’habitants dont les voies d’approvisionnement brûlent une à une ?
Leave a comment