La Rédaction | Lementor.net
Dans la logique de la guerre que mène le JNIM au Burkina Faso, attaquer un convoi humanitaire n’est pas un accident. C’est une stratégie. Couper les approvisionnements, affamer les populations, rendre la présence de l’État et de ses alliés humanitaires impossible dans les zones sous pression : c’est le manuel opérationnel des groupes jihadistes sahéliens depuis des années, appliqué avec une constance qui devrait horrifier davantage qu’elle ne le fait dans les chancelleries internationales.
La dernière attaque en date, survenue cette semaine sur un axe routier du nord du Burkina Faso, n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une série documentée et continue. Des données compilées sur les incidents violents au Sahel montrent que le JNIM a été impliqué depuis sa création en 2017 dans plus de seize mille incidents violents, causant près de quarante mille morts dans les pays du Sahel et du golfe de Guinée. Au Burkina Faso spécifiquement, les convois humanitaires ne peuvent désormais circuler que sous escorte militaire ou par voie aérienne. Six axes principaux reliant Ouagadougou aux pays voisins sont partiellement ou totalement coupés par les jihadistes. Environ 130 villes sont encerclées, coupées des approvisionnements alimentaires, médicaux et des services essentiels.
Ce qui se passe au Burkina Faso depuis plusieurs années dépasse la simple insécurité. C’est une entreprise méthodique de destruction de l’État et de sa capacité à protéger ses citoyens. Et le gouvernement de la transition, malgré sa rhétorique souverainiste et son partenariat avec Africa Corps, n’a pas inversé cette tendance. Les attaques se sont multipliées. Les pertes militaires ont augmenté. Les déplacements de populations ont continué à progresser. Aujourd’hui, le Burkina Faso compte près de deux millions de déplacés internes, un chiffre qui a doublé depuis le coup d’État de 2022.
L’attaque de ce convoi humanitaire intervient dans un contexte où la question de l’accès à l’aide humanitaire est devenue l’une des plus critiques de la crise burkinabè. Des organisations humanitaires sont contraintes dans leurs mouvements, certaines ont suspendu leurs opérations dans des zones jugées inaccessibles, et les populations des localités encerclées dépendent entièrement d’approvisionnements aériens que ni le gouvernement ni les organisations internationales ne peuvent assurer de manière continue.
Ce que cette attaque dit aussi, c’est la vulnérabilité des corridors qui relient le Burkina à ses voisins du sud, notamment la Côte d’Ivoire. La frontière nord ivoirienne est à moins de 200 kilomètres des zones de conflit les plus intenses. Les flux de déplacés qui commencent à se diriger vers le territoire ivoirien depuis plusieurs semaines ne sont pas déconnectés de ces dynamiques. Quand les convois humanitaires ne passent plus, quand les villes sont assiégées, les populations fuient. Et elles fuient vers le sud. Vers la Côte d’Ivoire.
Pour Abidjan, chaque attaque au Burkina Faso n’est plus une information sous-régionale lointaine. C’est une information sécuritaire nationale à prendre en compte dans la planification des dispositifs frontaliers, dans la capacité d’accueil des flux de déplacés et dans la coordination avec les organisations humanitaires déjà actives dans les régions nord du pays.
La communauté internationale regarde. Elle condamne. Et le JNIM continue d’attaquer les convois.
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